samedi 15 avril 2017

Les Cités des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs - Robin Hobb (2012)


Surprise par l'épaisseur réduite du tome 5 des Cités des Anciens - Les gardiens des souvenirs _ 250 pages seulement ! je me suis laissée aller à un craquage livresque en m'équipant sans plus attendre des tomes 6, 7 et 8. Eh oui, quand l'édition française fait du petit bois avec de longs cycles romanesques pour les rentabiliser en vendant plus de volumes, ça donne l'impression d'avoir affaire à une série interminable ! Il y a quelques années, j'aurais pesté contre ce système _d'ailleurs j'ai du le faire dans un billet consacré à L'Assassin Royal, maintenant je suis assez blasée pour dire que chacun voit midi à sa porte. 


Illustration : Sébastien Hayez


Où est-ce qu'on en était ? 

A l'heure où les dragons et leurs gardiens posent leurs pieds aux abords de la mythique cité de Kelsingra, les peuples des Rivages Maudits se menacent et s'entre-tuent pour la survie du Duc de Chalcède. Ces braves gens n'ont pas bénéficié de l'héritage culturel de leurs ancêtres et, par conséquent, ils ne mesurent pas l'importance des monstres à écailles et des Anciens qui leur sont dévoués. A mi chemin entre l'humain et le dragon, ces formes d'êtres hybrides étaient vénérées jusqu'à leur disparition survenue des siècles plutôt, mais leur réapparition progressive ne leur donne plus droit qu'à un statut de bêtes de foire. Les dragons ne sont pas mieux lotis, puisque à présent les hommes osent les attaquer pour en récupérer les écailles et le foie... Il semblerait qu'un duc malade soit devenu plus important que les nouvelles générations de reptiles sacrée ! Pas de doute, les temps ont changé, et le respect des traditions a du se noyer quelque part dans le Fleuve du Désert des Pluies.




Faute de pouvoir s'y rendre _il faudrait pour ce faire que leurs dragons puissent voler, les gardiens s'installent aux alentours de la Cité ; enfin mis en sécurité, ils peuvent tenter de se projeter dans l'avenir.

Alise reprend ses recherches, même si elle n'a plus vraiment de quoi écrire, tandis que le capitaine Leftrin et le Mataf font machine arrière en direction de Cassaric pour se réapprovisionner en nourriture, vêtements, encre et autres produits de première nécessité. La femme cocue de Hest Finbok refuse de l'accompagner dans son voyage, car elle sait bien que le passage du marin aguerri dans la société des Marchands, même bref, va susciter l'attention des curieux. A son retour, il sera sans doute suivi de vaisseaux pilotés par des requins prêts à tout pour piller la cité sacrée afin de s'en mettre plein les poches. Leftrin prend douloureusement conscience que sa nouvelle compagne a fait passer son travail d'investigation avant leur idylle, mais il respecte son choix.

Sédric et Carson se sont installés dans une maisonnette abandonnée ; ils se réjouissent d'avoir leur propre espace, mais tous deux savent que le Terrilvillien se languit du confort dans lequel il a vécu jusqu'alors. De plus, leurs avis sur l'éducation de leurs dragons respectifs son divergents, même si tous deux tentent de leur faire gagner confiance et autonomie.

Thymara galère toujours autant avec Sintara. La dragonne caractérielle aimerait voler de ses propres ailes, vexée de voir sa gardienne enfourcher la Gringalette de Kanaï pour aller se promener dans la Cité. Or, pour apprendre à voler, il faut s'entraîner et prendre le risque de chuter ! Sintara est beaucoup trop fière et, par crainte du ridicule, elle préfère clamer qu'elle se fout totalement de ne pouvoir passer par dessus le ravin qui sépare le campement de la Cité des Anciens.






Changement de décor 

Ce cinquième opus des Cités des Anciens, on quitte le "huis clos" formé par les gardiens, les dragons et l'équipage du Mataf, pour renouer avec des personnages que nous avions perdu de vue depuis le tome 2, voire le 1. A mon avis, Robin Hobb a été bien inspirée de changer le décor au moment où on commençait à tourner en rond et à devenir aussi chèvres que les aventuriers du Fleuve !

D'autant plus que, faute d'action, le lecteur aura son compte de révélations : Hest Finbok se voit menacé dans sa demeure par un sinistre Chalcédien qui le croit de mèche avec Jess, le chasseur mal intentionné qui a fini bouffé par la petite dragonne Relpda. Le gars lui met sa race pour notre plus grand plaisir ; mais ce con de Hest a sûrement plus d'un tour de cochon dans son sac...

On avait quitté Malta Vestrit, (l'Ancienne à la crête érogène ^^) inquiète de n'avoir pas de nouvelles de son frère Selden. Effectivement, le sauveur et chanteur de la majestueuse Tintaglia, cette dragonne d'envergure qui nous avait fait rêver à la fin des Aventuriers de la Mer, est en bien mauvaise posture. Le jeune homme a vu son aspect physique considérablement modifié par sa transformation en Ancien, à tel point que des Chalcédiens l'ont enfermé après l'avoir assimilé à un dragon : s'il a des écailles, c'est qu'il est vendable ! Qui pourra le tirer de sa prison avant que le pire n'arrive ? Tintaglia ? Sûrement pas, elle est bien trop occupée à s'accoupler avec le dragon Glasfeu !  

"Il ne faut pas déranger un dragon qui lit"
Ni des dragons qui se reproduisent !


Vivre dans le passé 

Le titre "Les gardiens des souvenirs" fait sans nul doute référence à l'attitude du jeune gardien Kanaï, que les lecteurs les plus naïfs ont (presque) cru perdu à tout jamais après la crue du Fleuve. Le garçon en cours de transformation _grâce à la force de son lien avec sa dragonne Gringalette_ se prend déjà pour un Ancien et considère qu'il peut s'appuyer sans crainte sur les pierres de mémoire présentes dans la cité de Kelsingra. Eh oui, on retrouve ici une figure récurrente et passionnante de l'univers de Robin Hobb : la pierre de mémoire. Dans l'Assassin Royal, Fitz le héros avait fait les frais de leurs grands pouvoirs : en effet, elles ont pour particularité de garder les souvenirs de tous ceux qui sont passés à proximité d'elles, avec tellement de précision que celui qui les touche a l'impression de changer de peau et de vivre la vie d'un homme ou d'une femme du passé. Ce serait fun si ce n'était pas dangereux ! car celui qui "se noie dans les souvenirs" en restant trop longtemps au contact de la pierre n'aura plus aucun moyen de réintégrer sa propre vie.

Kanaï abuse de l'usage de la pierre, malgré les avertissements de Leftrin ; s'y appuyer est même devenu son passe temps préféré depuis son arrivée à Kelsingra, et il n'a de cesse d'entraîner Thymara dans sa nouvelle addiction. D'une part, il considère qu'il n'est plus un homme mais un Ancien, et qu'il est donc trop puissant pour être anéanti par des souvenirs ; d'autre part, pourquoi devrait-il s'accrocher à sa vie, qui n'a été que misère pendant des années ? L'ambivalence de Kanaï nous éclabousse la gueule, une fois de plus. Derrière son insouciance de façade, l'Ancien aux écailles rouges semble assez désespéré pour vivre par procuration, pour échanger sa propre existence contre celles d'autres jeunes gens, tellement plus trépidantes ! On le plaindrait presque, s'il ne rassurait pas ses lecteurs avec quelques courbettes humoristiques ou à l'aide de remarques tellement hors sujet que c'en est drôle !




En conclusion, je ne sais pas trop quoi penser du tome 5 des Cités des Anciens, si ce n'est qu'il me tarde de lire la suite : les voyages dans les souvenirs se sont toujours révélés passionnants dans le monde de Fitz et de tous les autres. On oublierait presque que l'histoire n'a pas avancé d'un poil : ce sera sans doute pour le tome 6 ! Un livre qui plaira aux vrais fans, plus que jamais.


HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs. J'ai Lu, 2011. 256 p. ISBN 978-2-290-07036-9



BONUS TRACK
La question à 1 euro : épouillage ou épilation ??


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