samedi 27 août 2016

Larme de rasoir - Spéciale couverture déprimante : Depuis ta mort - Frank Andriat (2004)



Amis visiteurs, veuillez activer immédiatement votre option "second degré" sous peine de très mal vivre le billet du jour...

En cette fin de vacances scolaires, il m'importait de vous envoyer du lourd pour notre grand rendez-vous de la littérature de jeunesse déprimante ! 

Depuis ta mort - Frank Andriat (2004) 

Le jeune Ghislain (condoléances, c'est quand même pas évident à porter en 2002 !) vient de perdre son père. La mort a fauché sournoisement cet homme de 42 ans sans accorder d'attention aux trente six mille projets qu'il avait encore à réaliser. Il conduisait tranquillement sa voiture lorsqu'il a été pris d'un malaise cardiaque, et voilà. The end. Une fin tellement brutale, nulle et injuste que, trois mois plus tard, son fils n'arrive toujours pas à accepter. Alors Ghislain décide de devenir brutal et injuste lui aussi. Brutal avec son père décédé, à qui il en veut d'avoir abandonné sa famille, et avec sa mère, qui vit son deuil à sa manière. Injuste avec ceux qui veulent l'aider, et qu'il rabroue sans ambages : ses copains de lycée, ses profs, la psychologue de l'établissement, et son parrain _psy lui aussi. 

  
Illustration de Kaïn

A travers ce court roman, il semblerait que Frank Andriat ait voulu traiter l'expérience du deuil à travers un adolescent de seize ans, en mettant en évidence les phases inévitables que sont le déni, la colère et l'acceptation. Je ne saurais dire s'il le fait de manière juste et réaliste ou pas, car j'ai la chance de ne pas avoir perdu mes parents _même si c'est déjà passé près ; cela dit, il a le mérite de s'être attelé à la tâche et ça ne peut qu'être bénéfique pour les jeunes lecteurs. On tiquera un peu, cependant, de voir que le parrain psychologue arrive à déjouer assez aisément les mécanismes tordus de l'orphelin, et de s'apercevoir que l'arrivée d'une fille dans le champ de vision du jeune homme suffit à lui faire passer deux ou trois caps importants... 

Depuis ta mort vaut le coup d'être lu... même si, en observant la couverture du roman, on se rend compte que presque tout est déjà dit ! L'illustration se compose de deux parties distinguées par la ligne verticale qui semble marquer le coin d'une pièce ; sur l'espace de gauche, large, apparaît un buffet à tiroirs surmonté d'une photo du défunt disposée dans un cadre et d'un vase de tulipes rouges. L'homme photographié, tout sourire et lançant un regard flou, est André, le père aimant et adoré de son fils et de sa femme. On pourrait croire qu'on a rangé dans les tiroirs du meuble tous les souvenirs familiaux, et qu'on a mis sa tête par dessus comme pour dire : "Bon, tout ce qui se rapporte de près ou de loin à ce type se trouve ici.".

Plus restreint, la zone de droite est consacrée aux informations textuelles telles que le titre du roman et son auteur, ainsi qu'à la représentation d'un visage jeune, triste... et exclu de l'univers de son père par la ligne verticale délimitant le mur. Ils s'agit sans doute de Ghislain, le narrateur, le fils éploré qui jette un regard au cadre lorsqu'il passe devant ; cette illustration fait d'ailleurs référence à une scène bien précise du roman ; une scène qui marquera le début d'un retour à la vie, la vraie, pour la famille d'André. 

Auchan, la vie, la vraie !

Dès la couverture, la parole est donnée au fils survivant : "Depuis ta mort" sont ses mots, ceux qu'il adresse à son père... qui n'a plus que du vide au-dessus de sa tête, lui, puisqu'il ne fait plus partie de ce monde. Lui n'a plus que le monopole de l'amour des vivants et leur vénération ; droit sur son temple, il est l'ange auréolé par l'éclat que lui renvoie le vase de fleurs. Il est celui qui a apporté tellement de bonheur aux autres que sa représentation iconographique-même produit plus de chaleur que de tristesse ! 

Ou alors, l'ambiance tamisée du salon est simplement due au fait que le roman ait été publié dans la collection "Lampe de poche". Allez savoir. 

Edition utilisée : 
Frank ANDRIAT. Depuis ta mort. Grasset Jeunesse, 2005. Coll. "Lampe de Poche". 126 p. ISBN 2-7511-0090-2

mercredi 24 août 2016

Soyons sérieux : Les films interdits du IIIe Reich - Felix Moeller (2013)


Soyons sérieux ! 
Parce que ça faisait longtemps...
Voici une fiche de travail suite au visionnage du documentaire de Felix Moeller : Les films interdits du III° Reich (2013). Une pure paraphrase, n'en attendez rien.



Dans les enfers des Archives du Cinéma allemand, situées près de Berlin, sont conservés les films de propagande nazie sortis sous le IIIe Reich. Trois cent d'entre eux sont actuellement interdits à la diffusion car ils délivrent des messages racistes, antisémites, glorifiant le nazisme, la haine et la guerre. Paradoxalement, il reste facile de les récupérer sur Internet, "en contactant des revendeurs d'extrême droite", nous explique une intervenante, ou en suivant des chaînes Youtube de néo-nazis...

Il faut savoir qu'à l'époque, le cinéma était un instrument de pouvoir à part entière pour Goebbels, ministre de la propagande et parfaitement conscient que le septième art pouvait retourner le cerveau des gens. Au plus fort de la guerre, le peuple allemand était un gros consommateur de films et ne passait pas entre les mailles "l'industrie du divertissement nazi". Absurdes mais divertissants _pour des spectateurs démoralisés, les "films de la nation" faisaient pleinement partie de la stratégie de communication du Reich ; Goebbels n'hésitait pas à commander des films à gros budget et à se montrer généreux envers les stars du moment.. Entre autres, Emil Jannings et Heinrich George. Le premier avait choisi de travailler pour le III° Reich, non par conviction, mais parce qu'il gagnait plus qu'à Hollywood et pouvait choisir ses rôles. Le second est toujours une énigme, puisqu'il s'agit d'un acteur défavorable aux idées du Reich qui a changé de camp. 

Le documentaire Les films interdits du III° Reich interroge la nécessité d'une interdiction ou non de ces oeuvres, de nos jours. Si les difficultés d'accès au nom de la protection de l'enfance sont légitimes, elles posent aussi un problème : elles empêchent les jeunes de connaître une partie de l'Histoire qui a bel et bien existé. Alors, on se demande à présent ce qu'il faut faire de toutes ces bobines : sont-elles encore dangereuses ? comment serait perçue leur remise en circulation ? doit-on les oublier ? Certainement pas.

Bientôt la rentrée = TOUS SUR ARTE ! 


Felix Moeller choisit une poignée de films d'époque pour nous permettre de nous faire une opinion : Heimkehr, Le Juif Süss, Suis-je un assassin ? Pour chaque exemple, il nous montre un extrait de l'oeuvre, puis une scène de projection en public, avant de nous faire partager les réactions des spectateurs à l'issue de cette projection.  

Heimkehr : l'action se déroule en Pologne, ou vie une minorité d'Allemands violemment persécutés et torturés par les Polonais. Le procédé est adroit : en adoptant ce point de vue, les Allemands sont victimisés et l'invasion de la Pologne se justifie au motif de la légitime défense. C'est tout simplement l'inverse de la réalité, mais les spectateurs adultes considèrent qu'une jeune qui n'a aucune culture historique et aucun recul pourrait très bien se laisser prendre au piège.

Le Juif Süss fait partie de la quarantaine de films diffusés sous conditions, c'est à dire qu'ils sont ils sont forcément précédés d'une présentation et suivis d'un débat. Il y est question de Süss, un homme ambitieux, malhonnête et amateur de femmes.

Suis-je un assassin ? suscite aujourd'hui encore des réactions contrastées : s'il s'inscrit officiellement dans la longue liste des films de propagande nazie, et veut justifier une élimination massive des personnes handicapées, il adopte un point de vue bien particulier. Une femme apprend qu'elle est très malade et supplie son mari de la tuer avant qu'elle dépérisse ; celui-ci s'exécute. Aujourd'hui, ce long métrage pourrait être compris comme un film en faveur de l'euthanasie. Le réalisateur (Liebeneiner) avait alors pour mission de susciter le débat dans les chaumières à défaut de pouvoir le faire en public _morale chrétienne oblige.


Les réactions des spectateurs _adultes ou scolaires_ se recoupent : 

- Sans connaissances préalables, ces films présentent toujours un danger, surtout pour des adolescents paumés. Ce n'est pas pour rien qu'il existait des films de propagande spécifiquement conçus pour la jeunesse sous le III° Reich. Ils fonctionnaient d'ailleurs très bien sur certains d'entre eux ; aujourd'hui encore, ils pourraient faire basculer du mauvais côté des enfants sensibles aux idées d'extrême droite. 

- Beaucoup sont convaincus que les mécanismes de propagande pourraient fonctionner sur le grand public.
- Les lycéens s'effraient qu'il soit aussi facile d'entrer dans ces films ; les ficelles de la manipulation sont très efficaces, surtout lorsqu'elles font appel à nos sentiments.
  
- Les stéréotypes existent partout, sous différentes formes, même si les Juifs, les Anglais et les handicapés ne sont plus les principales cibles... Cela ne veut pas dire qu'on est hors d'atteinte.

SECOND DEGRÉ !!! - SECOND DEGRÉ !!! - SECOND DEGRÉ !!!

- Il est important de découvrir ces films, mais de manière encadrée. Selon les lycéens parisiens que l'ont peut voir dans le documentaire, une diffusion télévisée et sans explication préalable du Juif Süss pourrait faire des dégâts ! 



En conclusion, à la question "Que faire de tous ces films cachés qui constituent pourtant un pan de l'Histoire ?" la réponse demeure :"On ne sait pas trop", mais historiens et professionnels du cinéma s'accordent à dire qu'une totale ignorance de leur existence est quasiment aussi dangereuse qu'une diffusion large et incontrôlée. La meilleure alternative reste la diffusion encadrée... et l'éducation. 



FELIX MOELLER - Les films interdits du III° Reich. Allemagne, 2013. 
Documentaire, 52 min. 
Lien Dailymotion
Lien Arte + 7  




mardi 23 août 2016

Téma la bibliothèque ... dans le manga Negima ! - Ken Akamatsu (2003)

Lorsque vous êtes un minimum concerné par les métiers du livre, vous prêtez forcément beaucoup plus d'importance à la manière dont sont décrites les bibliothèques et autres CDI dans les œuvres de fiction. Parfois, on ressort bien songeur de notre lecture ; parfois on rigole bien ! Dans tous les cas, c'est intéressant.

Aujourd'hui, prenons l'exemple du manga shônen Negima ! Le maître magicien crée par Ken Akamatsu, également auteur de la célèbre série Love Hina. Une grande partie du tome 2 se déroule dans une bibliothèque assez particulière _mais ne le sont-elles pas toutes un peu ?  


Contexte : Negima ! Le maître magicien - Ken Akamatsu 

Du haut de ses dix ans, Negi Springfield a déjà son diplôme de magicien en poche. Il ne lui reste plus qu'à effectuer une année de stage pour le valider. Où va-t-on l'envoyer, et pour quelle mission ? La réponse ne tarde pas à se faire connaître : Negi est affecté en tant que professeur d'anglais dans une école japonaise pour quelques mois. Comment va-t-il s'en sortir face à une classe de filles qui pourraient être ses grandes sœurs ? Réussira-t-il à cacher ses talents de magicien à ses élèves ? A-t-il les épaules assez larges pour assurer son poste ? Vis ta vie de prof sans formation... Ca ne vous rappelle rien ?      



A situation improbable, aventures extraordinaires ! Les filles de la classe de 2-A s'interrogent d'abord sur la présence de ce gamin assis au bureau, mais en font rapidement leur mascotte... ce qui donne une relation élève - enseignant qu'on ne souhaiterait à aucun collègue ! Negi se lie rapidement avec Asuna, une délurée de treize ans quelque peu agressive et amoureuse de M. Takahata, un autre prof du collège méchamment sensible aux énormes poitrines de ses élèves. Le magicien stagiaire ne peut lui cacher ses pouvoirs très longtemps, mais sa nouvelle copine - élève (avec qui il dort régulièrement, tout va bien) lui promet de tenir sa langue. Oh, pas d'inquiétude à avoir pour le petit Harry Potter version manga ! Après quelques heures de cours, une nuit passée auprès du groupe des "Baka Rangers" de la 2-A, une séance de bains collectifs où il se fera savonner dans tous les coins par ses cinquièmes, et une partie de balle au prisonnier contre des lycéennes en mini-jupe bien équipées du soutif... il ne peut que bien s'intégrer !


La bibliothèque de tous les dangers 

Vous l'aurez compris, ce shônen un chouïa malsain a d'abord pour objectif d'amuser son lectorat en usant des gags où des filles de treize ans se retrouvent à poil, pour la plus grande gêne de leur prof pré-pubère qui ne s'attendait pas à cette éducation sexuelle accélérée. Chacun son humour ; nombreux sont ceux qui riront aux éclats, mais pour ma part tous ces dessins de gamines dénudées me mettent un peu mal à l'aise. Peut-être parce que je travaille avec des collégiens ? Ou parce que les années m'ont rendue prude et rabat-joie... Peu importe, Negima 1 et 2 mérite qu'on s'y intéresse pour deux raisons : d'une part, il parle d'un enseignant débutant qui s'interroge sur les finalités de son métier et sur les moyens de remplir correctement sa fonction en tenant compte de sa personnalité, de ses points forts et de ses faiblesses. D'autre part, il y est question d'une bibliothèque ! Ouais, faudrait pas oublier pourquoi on est là !

La 2-A est une classe de brêles et de feignasses ; or les examens approchent, et les filles sont bien parties pour être les dernières au classement si elles ne se mettent pas au boulot très prochainement. Alors elles décident de jouer le tout pour le tout : partir en expédition sur l'île bibliothèque (ouais, carrément !) pour récupérer LE livre qui rend intelligent !

Ca a de la gueule !

Dans Negima !, l'accès à la culture n'est pas sans danger ! C'est peut-être pour cette raison que tout le monde est aussi con. Construite au milieu de XIX° siècle, "en même temps que l'école", nous explique une gamine un peu perchée, cette bibliothèque est juste "la plus grande bibliothèque du Monde". Elle est visiblement interdite aux humains de manière générale, hormis les universitaires (mais sont-ils vraiment des humains, ceux-là ?), et s'inscrit plus dans une fonction de conservation d'oeuvres rares venues d'un peu partout. Pour Ken Akamatsu, une bibliothèque tient plus du "temple du livre" que du "learning center". Voilà pourquoi nos "Baka Rangers" attendent la tombée de la nuit et prennent le risque de se mouiller les pieds pour atteindre l'entrée secrète qui les amènera aux nombreuses salles de lecture en sous-sol ! "Ouah, qu'est-ce qu'il y a comme livres ici, c'est génial !", diront alors Negi et les filles, subjugués. Oui bon, la plus grande bibliothèque du monde reste une bibliothèque, hein !

Lorsque les flèches jaillissent des rayons, les petits intrépides comprennent que la rigolade est finie : là bas, le libre accès n'existe pas ! Qui touche un livre se fait planter aussitôt ; une bonne arbalète vaut tous les portiques du monde. Munie d'un plan, Yue décrète que leur Graal, ce fameux livre "qui rend intelligent" se trouve au onzième sous-sol...

 Evidemment, personne n'a pensé à noter la cote ! 
Comment peut-on conserver des livres dans une atmosphère aussi humide !
Perso j'en ai vu moisir pour moins que ça ! 

Après l'effort... 

Cette dernière étape deviendra le théâtre d'une course poursuite à travers les rayons et d'une épreuve d'escalade des étagères à la force des bras. Après quoi Negi et ses copines élèves trouveront enfin THE bouquin bien caché dans une salle secrète _et protégé par un golem !



Le gardien de pierre ne leur laissera récupérer le livre qu'à une seule condition : que les filles écoutent bien ses questions d'anglais et y répondent en utilisant un immense plateau de Twister (?). La petite interro va donc devenir une vaste partie de "pied gauche / main droite" qui nous permettra d'apercevoir le cul d'à peu près tous les personnages féminins sans avoir rien demandé.



Comme elles sont mauvaises, les "Baka Rangers" se vautrent sur l'une des questions et n'obtiennent pas le livre ; par contre, elles découvrent avec joie une facette méconnue de ce lieu magique : "la bibliothèque étincelante". Disons pour simplifier qu'il s'agit d'une piscine naturelle chauffée où on peut lire des bouquins sur des transats. Les filles elles-même s'étonnent qu'il y ait de la bouffe et des toilettes ; et comme elles ne se sont pas lavées depuis deux jours _descendre onze sous-sols demande du temps_, elles sont bien contentes de pouvoir prendre un bain.

"Je suis à la bibliothèque, je te rappelle plus tard"

Pas de souci, hein, les filles arriveront sortir indemnes de l'île bibliothèque, réussiront leurs exams et le manga pourra suivre son cours ! Mais il est intéressant de constater que, sur les deux premiers tomes, la partie la plus "sportive" et la moins débile reste cette expédition au pays des livres. En conclusion : tous à la biblio !

Edition utilisée ici : 
KEN AKAMATSU - Negima ! Le maître magicien. Volume double #1. Pika Editions, 2013. ISBN 978-2811612702 


lundi 22 août 2016

Le mambo des deux ours - Une enquête de Hap Collins et Leonard Pine - Joe R. Lansdale (2000)


A chacun sa façon de fêter Noël ; celle de Leonard Pine, c'est de faire flamber la maison de ses voisins dealers à visage découvert, sous les yeux de son nouveau petit copain complètement paniqué. Au beau milieu de ce formidable barbecue, et parce que la famille c'est important, son ami Hap fait irruption au volant de son pick-up. Suivi des pompiers. Suivis de la police, représentée par le sergent Charlie Blank qu'on a eu l'occasion de découvrir dans l'épisode précédent des aventures de Hap et Leonard. 




L'histoire 

Oui, Le mambo des deux ours est la suite directe de L'arbre à bouteilles. On y retrouve nos deux héros à grande gueule quelques temps après l'installation de Léonard dans l'ancienne maison de son oncle. Chacun a repris sa petite vie tranquille... Le blanc-bec enchaîne les petits boulots et fait le deuil de Florida, tandis que le black gay et fier de l'être écoule son héritage aux côtés de Raul, sa dernière conquête. Jusqu'à ce que Leonard se découvre cette vocation de pyromane et ne se fasse coffrer par ces ripoux de Charlie et Hanson, entraînant Hap avec lui. En bons filous, les policiers leur proposent un cadeau empoisonné : s'ils remplissent une mission pour leur compte, ils fermeront les yeux sur l'incendie de la crack house. Joyeux Noël. 

Evidemment, Hap et Leonard acceptent aussitôt : n'importe quoi plutôt que le trou ! Hanson leur demande de se rendre dans la bourgade texane de Grovetown, sur la trace de sa copine Florida _la jeune avocate black aux dents longues de L'arbre à bouteilles. Elle est partie là bas pour enquêter sur le possible meurtre d'un chanteur noir au passé sulfureux, et depuis, plus de nouvelles ! Comme c'est bizarre ! quand on sait que dans ce bled, tout retarde de trois siècles, surtout la mentalité des gens, et que le petit frère du Ku Klux Klan fait sa loi... Quelle inconscience d'être allée traîner là-bas, où le simple fait d'être noir peut vous attirer des bricoles.. Mais Florida est prête à tout pour faire parler d'elle...  

Hap et Leonard, la série télévisée adaptée des romans


Ce qui ne tue pas...  

Les déboires des deux vrais faux enquêteurs _ce n'est pas spoiler de dire qu'ils vont en connaître un paquet_ amènent forcément le lecteur à s'interroger : est-ce qu'il existe encore des Grovetown aux Etats-Unis ou ailleurs ? Les sociétés modernes sont-elles à l'abri d'un risque de régression ? Lansdale décrit avec tant de réalisme le racisme décomplexé des habitants de cette ville qu'on se dit qu'il n'a pas pu tout inventer ! Par chance, ses héros viennent tourner en dérision la suprématie blanche locale et n'hésitent pas à mettre les cow-boys locaux en face de leur stupidité ; et là, sachez-le, c'est parti pour une vanne toutes les deux pages, et des métaphores à s'en tordre de rire du début à la fin. 

Hap et Leonard repèrent les lieux sous une pluie battante et font le tour des figures-clés du village : Tim, le pompiste radin mais sympa qui essaie de leur vendre des pieds de cochons confits ; le chef de police Cantuck, sa couille hypertrophiée, et sa brute épaisse d'assistant : Reynolds. La patronne du café et ses deux fils quelque peu influençables... Dénominateur commun : tous ces gens n'aiment pas trop les Noirs, à des degrés différents allant de la crainte à la haine la plus crasse. Dans tous les cas, Florida reste introuvable. Oh, tout le monde l'a vue, surtout les hommes ; mais personne ne sait où elle est passée ; ou alors personne ne veut cracher le morceau... Du coup, on stagne comme les pieds de cochons du brave Tim au milieu de leur bocal. 

Il faut bien le dire, l'enquête patine un peu plus que dans L'arbre à bouteilles car cette fois-ci, les héros sont seuls contre le reste du monde et ne peuvent compter que sur leur binôme indéfectible. Humains avant d'être justiciers, ils seront même forcés d'abandonner temporairement pour assurer leur intégrité physique... et morale. L'espace de quelques pages, on se demande si la honte, la peur, la douleur vont finalement avoir raison d'eux, mais non. Quand on chute de vélo, il faut remonter dessus sans tarder, paraît-il ? Eh bien, quand on se fait tabasser par tous les clients d'un bar, c'est pareil. Il faut revenir y prendre un café quelques jours plus tard. Ou du moins essayer. Hap et Leonard le savent. Alors que la tension monte crescendo pour les pseudo justiciers, la pluie battante devient déluge, et les langues crachent leur venin : 

"Je vais vous dire, mon jeune ami, poursuivi Costard Gris, j'ai l'impression que vous être issu d'une bonne souche. Vous savez, c'est pour ça que vous êtes si nombreux, les gars, à jouer si bien au basket et au foot. C'est nous, les Blancs, qui avons sélectionné votre troupeau. On a pris un jeune nègre le plus imbécile, on l'a collé avec une grosse vieille mama black capable de supporter une queue de trente bons centimètres et de la largeur d'un poignet, et ce nègre, eh bien, il était du genre à baiser une vache si nos ancêtres le lui ordonnaient _et même s'ils ne le lui demandaient pas, d'ailleurs _, et il s'est tapé cette pute noire jusqu'à épuisement. Ensuite, peut-être que nos ancêtres l'ont fait monter par un poney ou un âne, juste pour mettre un peu de diversité biologique dans votre cheptel... Et grâce à cette planification, à travers des générations de chenils pour nègres, on a fini avec de solides bamboulas dans votre genre. [...]

Lorsque les rires se calmèrent de nouveau, Leonard poursuivit : 

"Vous savez, pour chacun de nous, quand on y pense, y a que ça...(il leva la main et forma un petit C avec son pouce et l'index.) qui sépare l'être humain de l'étron. Ouais, tous autant qu'on est. Je veux dire, c'est la distance entre les deux trous. En sortant, on a tous raté le cul de justesse. (Il abaissa la main, regarda Costard Gris et sourit.) Sauf vous, monsieur. Vous, vous avez réussi. Votre mère a chié une merde, elle lui a mis un costume et elle lui a donné votre nom."  



Rares sont les livres qui parviennent à vous plomber par les drames qu'ils mettent en scène et à vous alléger par l'humour qu'ils contiennent. Même si on rit autant qu'on pleure dans Le mambo des deux ours, l'auteur nous prouve que la blague et l'autodérision sont les meilleurs plaidoyers contre l'intolérance... et qu'on peut écrire des livres très classe avec au moins composé à 40 % de mots orduriers ! Les enquêtes de Hap Collins et Leonard Pine sont donc à découvrir absolument pour ceux qui ne les connaissent pas encore, même si vous n'aimez pas trop les histoires de meurtres : on va bien au-delà de la récolte d'indices, des interrogatoires en règles, et des autopsies gores. Chacun y trouvera son compte. 

Edition utilisée : 

LANSDALE, Joe R. Le mambo des deux ours. Une enquête de Hap Collins et Leonard Pine. Folio Policier, 2009. 380 p. ISBN 978-2-07-037962-0





dimanche 21 août 2016

En mode Viking - Everworld 2 "Le Pays Perdu" - K.A Applegate (2000) / Vikings - Saison 1 épisodes 2, 3 et 4 (2013)


Parce que les bourrins sont aussi nos amis, restons chez les Scandinaves aux casques à cornes, avec la suite d'Everworld (qui n'en parle plus beaucoup, en fait), et les épisodes 2, 3 et 4 de la série Vikings (qui en parle toujours, heureusement). 

Hägär The Horrible - Dik Browne


Everworld 2 "Le pays perdu"


Largués du jour au lendemain dans un monde parallèle nommé Everworld, David, April, Jalil et Christopher tentent de survivre malgré le danger ambiant ; après avoir échappé à Loki, le dieu nordique de la destruction, ils trouvent refuge dans un village de Vikings. Ce mince répit leur permet de réfléchir à leur situation, mais ils n'y voient pas plus clair pour autant et doivent attendre de tomber dans le sommeil pour regagner le monde réel l'espace de quelques heures...  

A la fin du tome 1, "A la recherche de Senna", nous avons quitté notre bande de lycéens au cœur d'une bataille opposant les Vikings aux Aztèques. Nous les retrouvons au même endroit, à une différence près : le narrateur n'est plus le même. Christopher à pris les commandes et l'action nous sera racontée à travers son regard et sa langue de vanneur ! 




A Everworld, les peuples peuvent bien se débattre et rouler des mécaniques : s'ils n'ont pas au-dessus d'eux le dieu le plus puissant, ils sont condamnés à une mort certaine. Vikings et Aztèques le savent. Aussi, lorsque le monstrueux Huitzilpochtli parvient à se dégager du marteau de Thor, Sven, Thorolf et les autres perdent toute combativité. Les Aztèques profitent de leur apathie pour en faire de parfaits prisonniers dont ils offriront le coeur à leur oiseau carnassier de dieu. Pris dans la foule, les jeunes gens en baskets voient leur dernière heure arrivée. Or, les meilleures idées naissent toujours lorsqu'on est au pied du mur..

Ce deuxième volet de la série Everworld est tout de même moins stressant que le premier, même si nos cinq aventuriers forcés ne comprennent toujours pas ce qui leur arrive. Il faut dire que leur fuite interminable à travers le relief changeant de ce monde sans logique leur laisse le temps de cogiter, de rêver à ce qu'ils aimeraient bien bouffer... et de s'engueuler copieusement. Plus que la richesse de l'action, "Le Pays Perdu" se distingue par l'attachement de l'auteur à peindre avec plus de précision le caractère de ses personnages. Du coup, on comprend de mieux en mieux pourquoi ce groupe fonctionne aussi mal : ils ne peuvent pas vraiment se sentir ! Christopher est insupportable avec ses blagues à deux balles et le reconnaît bien volontiers, Jalil se la joue "cerveau du groupe" et oublie que toute vérité n'est pas bonne à dire, David s'impose en chef stratège, l'épée à la main, visiblement plus à l'aise dans ce monde que dans l'autre, April tente de recoller les morceaux et c'est grâce à elle que tous sont encore vivants à la fin du bouquin.

A part ça, on n'a toujours pas retrouvé Senna ; mais on n'est plus tout à fait sûr d'en avoir envie... En conclusion, "Le pays perdu" est un peu moins intense que "A la recherche de Senna" mais il gagne en profondeur ; K.A Applegate traite vraiment bien les difficultés de coopération que peuvent rencontrer un groupe d'adolescents : ça change du binôme ou de la traditionnelle bande de copains à la vie à la mort qu'on rencontre souvent dans les romans pour les jeunes. On apprécie toujours autant les situations plutôt drôles rencontrées par les personnages lorsqu'ils passent d'Everworld au "vrai" monde ! 

Edition utilisée ici : 
K.A APPLEGATE. Everworld "Le Pays Perdu". Trad. Valérie Dariot. Folio Junior, 2000. 195 p. ISBN 2-07-054367-6. 
Illustration : G. Spalenka



Vikings - Saison 1 - Episodes 2, 3 et 4


Episode 2 : L'expédition


Ragnar parvient à mobiliser dans le plus grand secret quelques hommes capable de réaliser son rêve d'une expédition vers l'ouest à bord de son nouveau drakkar. Sa femme Lagertha est déçue de ne pas faire partie du voyage, ce qui donne lieu à une dispute assez poilante. Un soir, ils font tellement de bordel en se lattant à coup de boucliers à travers la maison que Bjorn, exaspéré, se relève pour les séparer.

"Vos gueules, putain !"

Une fois n'est pas coutume, Ragnar aura le dernier mot et l'équipage lèvera l'ancre peu après. Evidemment, le chef de clan découvre le pot aux roses assez rapidement grâce à un mouchard à la langue bien pendue et il rumine sa vengeance en attendant le retour de ses enfants terribles. 

Alors qu'ils n'y croyaient plus eux-même, les hommes de Lothbrock accostent en Angleterre et pillent le premier bâtiment qu'ils rencontrent. A savoir, un monastère. Autant dire que le choc des cultures est violent. Les Vikings massacrent sans pitié ces "drôles d'hommes" peu combatifs, et s'étonnent de ne voir aucune femme auprès d'eux, tout en piquant les croix qui ne sont pour eux qu'une belle prise métallique. Ragnar déniche le frère Athelstan et constate avec surprise que ce dernier parle leur langue. Le jugeant utile, il décide de l'épargner et de le ramener à la maison avec le butin. Au risque de se friter avec son "grand frère" Rollo ; ce dernier ne voit pas l'intérêt de se trimbaler un paquet qui n'a rien d'un trésor...

Thor était avec eux pour cette fois-ci, mais le fourbe dieu destructeur Loki n'est jamais loin. Quant à ces hommes assez bêtes pour vénérer un type mort cloué sur une croix, ne vont-ils pas finir par porter la poisse ?
  
Floki, le perché de la bande

Episode 3 "La pêche miraculeuse"

Lorsque Ragnar et ses hommes regagnent Kattegat, ils ne s'attendent pas à se faire subtiliser l'intégralité du butin par le chef de clan, qui estime que les trésors lui reviennent de droit. Autant dire qu'ils ont bien les boules, et repartent en ruminant tandis que Jarl et sa femme quelque peu flippante baisent au milieu des croix en or. Ragnar parvient à récupérer le frère Athelstan à titre d'esclave, bien qu'il ne le considère pas comme tel : il a compris que le prêtre pourrait lui fournir de précieuses informations sur les royaumes de l'ouest, leurs coutumes, leur religion. En effet, le viking ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : il obtient l'autorisation de repartir pour une nouvelle expédition ; cette fois-ci, Lagertha sera du voyage, de même que Knut, le mouchard officiel du chef de clan. Quant à la gestion de la ferme en leur absence, elle retombe sur Athelstan, pour la plus grande indignation de Bjorn, qui a un peu moins envie de se foutre de sa tonsure, du coup...

Episode 4 "Justice est faite"

Après avoir abattu froidement une poignée de soldats anglais venus les accueillir sans intentions hostiles, les Vikings atteignent la ville d'Hexham. Leur infériorité numérique les dissuade de faire main basse sur les chaumières avant le dimanche matin suivant : Ragnar sait qu'à ce moment-là, la voie sera libre car toutes les familles seront à la messe. Bingo, les nordiques font leur pillage à l'aise, en finissant par les croix de l'église dont ils semblent particulièrement friands ; mention spéciale WTF à Floki (comme c'est bizarre), qui prend un plaisir dingue à profaner tous les symboles christiques juste pour voir les réactions des Anglais.


Pendant ce temps, Lagertha surprend Knut alors qu'il est sur le point de violer une villageoise, et le somme de laisser la fille tranquille. Mais le rouquin à la barbe nattée prend la mouche, et choisit de diriger ses ardeurs vers elle, histoire de la remettre à sa place de bonne femme. Ni une ni deux, Lagertha lui pète les couilles et l'embroche. Après quoi elle rejoint le reste de l'équipage, et tout le monde remonte dans le drakkar en direction de la Scandinavie.

Lorsque le jarl _alias le chef de clan_ apprend que Knut, son mouchard, a été tué au cours de l'expédition, il ne croit pas une seconde au motif de légitime défense que lui est servi. Ragnar décide d'endosser la responsabilité du crime pour mettre sa femme à l'abri, et il est fait prisonnier, malgré l'absence de témoins. Le jarl y voit une occasion en or de se débarrasser définitivement du guerrier rebelle, mais il lui manque le témoignage qui justifierait une condamnation à mort. Il tente de soudoyer Rollo car il sait que ce dernier en a marre de vivre dans l'ombre de ce petit frère qui n'accorde jamais d'importance à sa parole...

La bagarre n'est jamais loin, l'histoire n'est pas trop dure à suivre et les personnages sont marrants : c'est vraiment une série sympa !

Vikings 
Saison 1 - 2013 
Michael Hirst / Johan Renck
Canada / Irlande 
9 épisodes de 42 minutes 

vendredi 19 août 2016

Les drôles de bestioles de la littérature de jeunesse...


Ces derniers mois, je suis tombée sur plusieurs ouvrages pour la jeunesse mettant en scène des animaux un peu particuliers  ; il m'a semblé intéressant d'écrire un billet sur deux d'entre eux. Ce blog n'est sponsorisé ni par la SPA, ni par WWF, mais ça pourrait ! 





Gwin, la martre à cornes dans Coeur d'Encre (2003) 

Illustration de Cornelia Funke
Meggy et son père Mo le relieur coulent une vie paisible, au rythme des livres qu'ils lisent ou qu'ils réparent. Une nuit, Doigt de Poussière, un ami de Mo, vient les chercher pour des raisons obscures. L'homme est un artiste cracheur de feu et sillonne les routes pour donner des spectacles. Il ne possède rien d'autre que son sac à dos et Gwin (j'avoue, j'ai ri), sa martre à cornes. Même si elle quitte rarement le second plan dans ce roman, lui apportant au passage une touche humoristique, la bestiole va se révéler utile aux héros ; elle s'illustrera notamment dans un rôle de messagère discrète lorsque les personnages devront se dispatcher, puis en distribuant quelques coups de dents bien placés. Mais attention, Gwin n'est pas un gentil chien chien fidèle prêt à tout pour aider son maître, bien au contraire. Elle pense à sa peau, et malheur à celui qui tente de l'approcher sans y avoir été invité _ Doigt de Poussière le premier ! la première description qui nous est offerte par Cornelia Funke annonce la couleur :

"L'animal était presque aussi grand qu'un lapin mais beaucoup plus mince, avec une queue touffue qu'il pressait contre la poitrine de Doigt de Poussière. Il enfonçait ses petites griffes dans ses manches tout en regardant Meggie de ses yeux fendus noirs et brillants et, quand il bâilla, il montra ses petites dents pointues comme des aiguilles. 
_ Je te présente Gwin, déclara Doigt de Poussière, si tu veux, tu peux lui caresser les oreilles. Elle dort encore à moitié, elle ne te mordra pas. 
_Parce que sinon elle mord ? voulut savoir Meggie. 
_Tu peux le dire ! s'exclama Mo en s'installant derrière le volant. A ta place, je ne la toucherais pas !"
Libre et chasseuse dans l'âme, la petite martre ne supporte pas le port du collier et n'hésite pas à disparaître durant des heures. Pourtant, c'est elle qui amènera Meggie à y voir plus clair malgré les mystères qui l'entourent : en la reconnaissant au milieu des illustrations du livre que son père lui cache _une martre à cornes, ça ne court pas les rues !, elle va comprendre qu'une passerelle est possible entre les histoires et le monde réel...

Pour les références du livre, voir le billet consacré à Coeur d'Encre.



Odilon, le charat dans Les Oubliés de Vulcain (1995)



Le jour de son quinzième anniversaire, Charley apprend brutalement qu'il n'est pas un être humain comme les autres, mais qu'il a été créé de toutes pièces, comme un bon petit robot doté de superpouvoirs. Choqué et dégoûté d'apprendre aussi brutalement ses origines, il fuit la Terre dans un vaisseau container d'ordures qui le largue sur Vulcain, la planète-poubelle où finissent tous les déchets des humains. Il découvre que des populations défavorisées tentent de survivre tant bien que mal avec (et malgré) les détritus de leurs voisins terriens, jusqu'à ce que la maladie de la "rouille" ne les rattrape inéluctablement... Haut des coeurs ! Heureusement, pour ne pas sombrer dans la déprime après tant de bonnes nouvelles, Charley est épaulé par Odilon, un petit animal lui aussi né d'une expérience scientifique. Cet authentique "charat" tient autant du chat que du rat, comme son nom l'indique : A maintes reprises il était allé regarder le charat à travers les parois de plasverre de la matrice artificielle. Petit à petit, il avait vu l'étrange animal se développer. Du chat, il avait gardé la fourrure soyeuse à poils longs ainsi que les petites oreilles pointues. Du rat, il avait la longue queue annelée et les pattes avant ressemblant étrangement à des mains à quatre doigts."  Soutien moral, peut-être, mais pas seulement. Sans vouloir dévoiler la fin de l'histoire, disons simplement qu'il poussera Charley à prendre une décision importante...

Au passage, ce court roman est parfait pour réfléchir aux problématiques de l'écologie et des inégalités sociales avec les élèves de fin de primaire ou avec les collégiens.

Edition utilisée : 
Danielle MARTINIGOL. Les oubliés de Vulcain. Le Livre de Poche Jeunesse, 2005. coll. "Mondes imaginaires". 189 p. ISBN 2-01-01902-4


Hoak, le cochon parlant dans le manga Seven Deadly Sins




Avec Seven Deadly Sins, vous aurez la joie de découvrir un shônen médiéval complètement tiré par les cheveux ! Le "petit" Méliodas tient le "Boar Hat", une taverne ambulante où la bière est aussi bonne que la bouffe y est dégueulasse. Peu importe les critiques et les moqueries des clients qui se laissent berner par son apparence juvénile : son travail lui permet de recueillir assez vite les ragots du royaume de Britannia ! Le lecteur apprend en même temps que le héros qu'il s'en passe de belles à la cour : les Chevaliers Sacrés ont mis le roi à l'écart et jouissent à présent des pleins pouvoirs. Ils ne gênent pas pour jouer les brutes épaisses lorsqu'il s'agit d'effrayer et de faire payer des impôts aux plus faibles. On devine qu'ils fomentent une guerre...

Un jour, le tenancier voit débarquer un immense chevalier masqué sous son armure métallique... et rouillée. Tous les assoiffés prennent la fuite sans se faire prier : ils ont reconnu en lui l'un des Seven Deadly Sins, une bande de chevaliers mercenaires redoutables qu'on n'a pas vu depuis dix ans dans le secteur de Britannia mais qui, malgré tout, font encore l'objet d'un avis de recherche. Méliodas ne s'y laisse pas prendre : il devine rapidement que quelqu'un se cache sous la grande carapace métallique. En effet, la personne qui a revêtu l'armure n'est autre que la princesse Elizabeth, fille du roi réduit au silence ! Afin de sauver son père des griffes des Chevaliers Sacrés, elle s'est mise en tête de retrouver les fameux Seven Deadly Sins. Elle ne pouvait pas mieux tomber, car il se trouve que le jeune patron du Boar Hat a justement fait partie de la fameuse équipée, il y a fort longtemps...




On peut bien vanter son expertise en alcool et son sens de l'accueil, Méliodas ne serait rien sans Hawk, son fidèle cochon. Si, à première vue, l'animal ressemble fort à ses pairs, on s'aperçoit bien vite qu'il a deux particularités : d'une part, il a le derrière orné d'un trèfle à quatre feuilles ; d'autre part, il parle ! Et pas pour ne rien dire... Plus qu'une simple mascotte, il est la voix de la sagesse, celle qui tente de remettre son jeune patron sur le bon chemin à coups de sermons ! Lorsque Méliodas se laissera aller à tâter les seins de la princesse ou à la mater de trop près, ce qui arrivera somme toute assez souvent.. _ Hawk sera là pour le réprimander, soyez-en sûrs ! Pourtant, le cochon extraordinaire ne se cantonne pas à un rôle de moraliste : quand il s'agit de jouer un bon tour aux Chevaliers Sacrés en revêtant l'armure d'Elizabeth pour les éloigner, il relève le défi sans se faire prier.




Ne préjugez pas non plus de son dynamisme et ne pointez pas du doigt son surplus de gras : il bat au sprint n'importe quel brigand des alentours, une fois qu'il est lancé à pleine vitesse. Pour Méliodas et pour la gentille princesse, Hawk est capable de précipiter l'ennemi dans le ravin d'un coup de groin, et ce, sans le moindre scrupule ! Un véritable ami, quoi !




Pourtant, malgré ses nombreux talents, ce cochon hors du commun _encore que les gorets capables de parler soient plus courants à Britannia qu'ailleurs, puisque Elizabeth dit en "avoir demandé un à Noël" (ok ok...) souffre d'un grand manque de reconnaissance. C'est à lui que revient la lourde tâche de manger tout ce que les clients recrachent lorsqu'ils se risquent à taper dans la tourte de viande de Méliodas. C'est ça ou finir en rôti, alors bon...  De toute façon, toutes les régurgitations du royaume ne suffiraient pas à rassasier un tel porc de compétition !

Peppa Pig n'a qu'à bien se tenir !


Edition utilisée : 
Nakaba SUZUKI. Seven Deadly Sins. 2014, Pika Edition. Coll. "Shônen". 192 p. ISBN 978-2-8116-1356-3


La maman dans Ma mère est un hamster 

Oui oui, parfaitement !



Bahia voit d'un mauvais oeil l'arrivée de Madame Fribule, la nouvelle voisine du dessus : cette vieille dame ressemble vraiment trop à une sorcière, avec ses cheveux blancs, sa verrue, ses talents de guérisseuse et ses animaux de compagnie hors du commun. Lorsque sa mère l'invite à prendre le thé, la petite fille décide de simuler un mal de tête pour éviter toute confrontation, et part faire une sieste. A son réveil, elle réalise avec stupeur qu'elle est seule dans l'appartement... ou presque : un hamster s'agite à ses côtés, pris au piège entre les pattes du chat Patoche. Bahia est intriguée et inspecte le rongeur : d'où peut-il bien venir ? Au bout de quelques instants, elle reconnaît dans les cris de l'animal la voix de sa mère... Un parcours du combattant commence pour "Baba", complètement lâchée par le reste de sa famille : son frère Mathurin est en classe verte et son père est parti en Chine pour des raisons professionnelles. Cerise sur le gâteau : la mère-hamster n'est absolument pas consciente de son état ! Comment lui annoncer la nouvelle ?

Ce court roman illustré crée par Agnès de Lestrade et Fanny Denisse est plein d'une énergie communicative ! Comment s'adapter à une situation improbable _qui relève même du fantastique, l'air de rien ? et garder la pêche dans l'adversité ? Bahia apprendra à réfléchir à toute vitesse pour faire en sorte que sa mère ait une vie décente malgré son état ! Peu importent les apparences, même couverte de poils, sa maman reste sa maman. Or, comme un hamster reste aussi un hamster quoi qu'il arrive, la tâche ne sera pas simple... L'histoire pourra intéresser les profs des écoles et de 6°-5° qui souhaitent mener un débat sur les idées reçues et amener leurs élèves au-delà des préjugés. Ce n'est pas pour rien qu'elle est édités chez Talents Hauts, collection "Livres et égaux".

Bref, à mettre entre toutes les mains, mais hors de portée des matous !


De Lestrade, Agnès. Denisse, Fanny. Ma mère est un hamster. Talents Hauts, 2016. Coll. "Livres et égaux". 64 p., ill. ISBN 978-2-36266-149-5

jeudi 18 août 2016

En mode Viking - Everworld 1 "A la recherche de Senna"- K.A. Applegate (2000) / Vikings - Saison 1 Episode 1 (2013)


Quand j'étais au collège, je n'aimais pas lire (mais j'essayais de convaincre les adultes du contraire, histoire de faire bonne impression). Par conséquent, je suis passée à côté de nombreux titres de littérature de jeunesse intéressants, alors qu'ils étaient à tous à disposition au CDI du petit bahut dans lequel j'ai passé quatre belles années. Dont Everworld, une série fantastique écrite par Katherine Alice Applegate, une auteure américaines également à l'origine des Animorphs. Mieux vaut tard que jamais,  j'ai fait la découverte les deux premiers tomes cet été, entre deux Assassin Royal ; ils prenaient tout bonnement la poussière des rayons romans et je n'y avais quasiment jamais prêté attention malgré la couverture brillante de l'édition Folio Junior. 


Everworld 1 - A la recherche de Senna (2000) 



David est LE nouvel élève d'un petit lycée du Michigan ; son intégration est d'autant plus laborieuse qu'il sort avec Senna, une fille un peu étrange qui fait froid dans le dos de tout le monde sans que personne ne puisse vraiment dire pourquoi. Il s'en moque, car il se sent déjà indéfectiblement lié à elle, comme si la jeune fille exerçait sur lui une force d'attraction. Aussi, lorsque Senna lui demande à brûle pourpoint au détour d'une balade en voiture, "Est-ce que tu me sauveras ?", David répond sans hésiter "Oui, je te sauverai." 

Le lendemain, Senna disparaît, emportée par un loup sous les yeux de David et de trois autres amis à elle. Alors qu'ils tentent de la sauver, les quatre lycéens sont projetés dans un monde parallèle hostile au possible : Everworld. April, Christopher et Jalil ne sont pas tendres avec le nouveau ; pourtant, ils vont devoir coopérer pour survivre au cauchemar éveillé qui les attend.  

Image piquée sur Mythologica.fr
Ahah il a l'air moins sympa qu'Oeil-de-Nuit, ce loup !

En effet, leur première approche des lieux n'est pas très avenante : suspendus par les bras à la muraille d'un château, ils ont les pieds dans le vide et une vue imprenable sur un lac où vogue un authentique drakkar peuplé de Vikings. Lorsque enfin on les décroche du porte manteau, c'est pour les jeter aux pieds du maître des lieux, le grand Loki, dieu de la destruction dans la mythologie nordique. Un peu plus tard, ils apprendront que le loup qui les a plus ou moins conduits là n'est autre que son fils Fenrir. Ils comprendront également que Senna n'est pas vraiment une amie de la famille : chez Loki, on l'appelle la Sorcière !

Au fil des conversations, la lumière se fait... plus ou moins. Everworld serait né d'un cataclysme et les divinités de toutes les mythologies s'y sont réfugiées pour s'affronter les unes les autres, en prenant garde de ne pas tomber dans les griffes d'un super-dieu qui les chapeaute toutes ; autant dire que ça donne une sacrée soupe. Toujours est-il que la bande de jeunes parviennent à prendre la fuite et trouvent refuge dans un village de vikings où ils vont momentanément protégés. 

Everworld a l'avantage de faire intervenir des figures de la mythologie un peu trop souvent mises à la cave, sans pour autant ressembler à un cours d'histoire : Loki, Odin, Fenrir, Huitzilopochtli _dieu aztèque_ sont autant de personnages dont j'avais oublié jusqu'au nom. Quant à ma connaissance des peuples vikings... elle se résume à Hägar Dünor dont les strips étaient publiés dans le journal Sud Ouest, à Dragons ^^ et à un vague drakkar dessiné sur la page "travaux pratiques" de mon cahier d'histoire-géo de 5° ; c'est dire. Toujours est-il qu'à mon avis, ce roman datant d'une quinzaine d'années déjà mérite encore d'être valorisé auprès des jeunes, ne serait-ce que pour cette originalité. Ensuite, K.A Applegate réussit le tour de force de faire jouer ses personnages sur deux tableaux : le monde réel et Everworld. Ainsi dédoublés, les lycéens doivent sans cesse se réadapter à des situations diamétralement opposées : lorsqu'ils sont en train de combattre les Aztèques aux côtés de leurs copains Vikings (oui oui), leur vie de lycéen _et de salarié ! continue, un peu comme s'ils pouvaient se brancher en pilote automatique. Il fallait y penser ! Seul bémol : les plus jeunes lecteurs risquent de s'y perdre...  

Edition utilisée ici : 
K.A. APPLEGATE. Everworld 1 "A la recherche de Senna". Folio Junior, 2000. 221 p. ISBN 2-07-054366-8
Hägar Dünor - Dik Browne
http://www.hagardunor.net/hagardunor.php 

Toute cette bière, ces drakkars et ces sacrifices de moutons m'ont donné envie de combler mes lacunes ; dans la foulée, je me suis tapé le premier épisode de la série Vikings. Inutile de vous préciser de quoi ça parle !  




Vikings Saison 1 - Episode 1 





On reste donc chez les brutasses. Ragnar Lothbrok est un Viking plutôt bien loti : il possède des terres, il a une jolie femme fidèle au caractère bien trempé et un fils prêt à participer au rituel de passage à l'âge adulte _le "Thing". Mais sa petite vie tranquille s'écoule au rythme des pillages estivaux des peuples "de l'Est" déjà appauvris, et cela ne lui suffit plus. Ambitieux et téméraire, il ne rêve que de mener son drakkar vers "l'Ouest" et ses contrées inconnues, où des trésors l'attendent (peut-être...). Il suggère ses projets à son chef de clan, qui y voit un manque de respect envers les directives qu'il a déjà données, et qui le menace de lui sucrer sa ferme s'il ouvre trop sa gueule. Qu'à cela ne tienne, Ragnar sent que les dieux sont avec lui : il a eu des visions prometteuses. Avec l'aide de son frère Rollo, de son ami fantasque Floki, le constructeur de drakkars et de son compas de navigation flambant neuf, le Viking compte bien reprendre les rênes de son destin.


Au bout de quarante minutes, nous avons déjà au compteur : 

- une baston à coup d'épée 



- des coupes improbables 



- une esquive de viol 

"Salut, on vient te violer !"

"Ou pas !"
- une marque au fer rouge



- une décapitation et une lapidation à coup de pierres et de légumes pourris



- une scène de baise 

"J'ai envie de te chevaucher comme un auroch furieux !"
Ok. 
- une poignée de répliques bien rustiques  

"Salut, jeune Bjorn ! Où sont tes parents ?" 
"Euh.. Ils font l'amour"
"Dans ce cas... on va devoir patienter..."
En effet. 
Et le meilleur pour la fin : 

"Tu es dans tous mes rêves. La nuit dernière, j'ai rêvé que tu me servais du boudin noir."


 Qui dit mieux pour un premier épisode ? A suivre ....  


Vikings 
Saison 1 - 2013 
Michael Hirst / Johan Renck
Canada / Irlande 
9 épisodes de 42 minutes 


mercredi 17 août 2016

L'assassin royal - 11 - Le dragon des glaces - Robin Hobb (2003)


Oui oui, vous avez bien compris : vous allez vous bouffer toute la série ! :)  

"C'est encore loin ?
_ Ta gueule !" 

Où est-ce qu'on en était ? 

A la fin de "Serments et deuils", Fitz et son drôle de clan d'Art étaient sur le point de partir vers les contrées d'Outre Mer afin d'accompagner le prince Devoir dans sa quête. Souvenez-vous : lors de leurs fiançailles calamiteuses organisées à Castelcerf, la narcheska Elliania* lui avait lancé le défi d'aller sur l'île d'Aslevjal** pour y couper la tête de Glasfeu, un dragon prisonnier des glaces.

Ce onzième tome s'ouvre sur les appréhensions de notre bâtard royal préféré à l'aube de son grand départ, et se poursuit avec le très long et fastidieux voyage en mer jusqu'aux terres de la fiancée du prince _si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi. Seuls les derniers chapitres du "Dragon des glaces" auront pour décor les paysages outrîliens... Comme le laisse entendre Fitz à plusieurs reprises, rien n'est plus triste et ennuyeux que chevaucher les vagues des jours durant ; à plus forte raison lorsqu'on est ballotté au fond d'une cale. Ce n'est pas Lourd qui dira le contraire : malgré sa difficulté à comprendre l'environnement dans lequel il vit, l'homme fait partie du convoi exceptionnel car la puissance de son Art le rend indispensable au clan. Son importance est telle qu'on ne prête nulle attention à ses angoisses et à son mal de mer, pour son plus grand malheur ; aussi Fitz devra-t-il jouer les garde-malades en mer comme sur terre. Cloué à la cabine du jeune homme simple d'esprit comme une chèvre à son piquet, il aura tout le temps de se morfondre, de s'inquiéter pour tous ceux qu'il laisse derrière lui : Heur, Ortie, et surtout le Fou, mesquinement exclu du voyage par Umbre. Une fois à terre, d'autres sources de préoccupation s'ajouteront aux siennes ; les îles d'Outre Mer ne sont pas les Six-Duchés ! Les clans se tirent tous dans les pattes et la délégation de Castelcerf n'est la bienvenue que pour celui du Narval, représenté par la grand-mère de la jeune Elliania. Personne ne s'attendait à poser le pied sur des côtes clairement hostiles, et ce nouveau paramètre change la donne pour tout le monde, y compris pour ce "vieux renard" calculateur d'Umbre.

Pas de doute, ce n'est pas dans cet avant-avant dernier épisode de la série que vous perdrez le souffle en lisant des scènes de baston, des courses poursuites dans les combles du château ou autres attaques des pirates. Place à l'espionnage, à la force mentale et au pouvoir des rêves ! 

Après on s'étonne qu'Elliania soit piquante ! 


ATTENTION SPOILER ! 


Vis tes rêves, mais pas trop quand même !  

Fitz a du faire bien des concessions dans sa vie pour défendre les intérêts du trône des Loinvoyant ; mais lorsqu'il s'agit de sa fille, il reste intraitable. Bien sûr que la jeune Ortie, dotée d'une magie d'Art aussi puissante que celle de son "cousin" Devoir, pourrait apporter toute sa force au clan du prince ; mais elle perdrait gros : sa vie tranquille loin des dangers de la cour, et surtout sa famille. Est-il souhaitable qu'elle découvre que Burrich n'est pas son vrai père ? Rien n'est moins sûr. Pourtant, sans avoir jamais appris à gérer ses dons, Ortie a développé un pouvoir bien précis : celui de modifier les rêves des autres ; et devinez quoi ! elle va sauver Lourd du désespoir, à la demande de Fitz, et le débarrasser de son mal de mer en intervenant sur son sommeil, à travers la rêverie.

Est-ce que je vous ai dit que les scènes d'actions manquaient, dans "Le dragon des glaces" ? C'est faux : il y en a dans les rêves qu'Ortie et son "vrai" père partagent. Mais à trop la solliciter, celui qu'elle appelle "Fantôme de Loup", et dont elle n'a qu'une image onirique faussée, pourrait bien l'entraîner sans le vouloir au devant des pires dangers...  Les dernières scènes de ce tome mettront d'ailleurs Fitz au pied du mur et son prince lui demandera des comptes sur cette fille qui, en sauvant Lourd, s'est faite remarquer par tous les membres du clan. Si seulement le petit homme savait tenir un minimum sa langue ?


"Mais quel con !"

Des baffes !! 


Même si la toute jeune Malta et le Gouverneur Cosgo avaient suscité, pour ma part, une violente aversion dans Les Aventuriers de la Mer, jamais je n'avais été autant agacée par certains personnages dans L'Assassin Royal. Ah, si : Royal et Galen ! Mais ça date. Robin Hobb traite tellement bien son "huis clos sur navire" _après la partie de Cluedo à la cour, dans "Serments et deuils", qu'elle nous transmet les envies de meurtres qui nous passent par la tête lorsque traîne quelques semaines durant aux côtés de trois mêmes pelés qu'on n'a pas forcément choisis. Dans l'ordre, j'ai eu envie de baffer Leste, le fils mythomane de Burrich, insolent et fourbe comme pas deux. Fier à outrance de sa magie du Vif, on a presque envie de re-légitimer l'assassinat des vifiers à Castelcerf rien que pour lui. Maintenant habitué à son rôle de prof, Fitz saura garder son calme.  

Pas très loin derrière lui, Umbre joue les connards de première et se gausse du malaise de l'assassin royal lorsqu'il doit se résoudre à révéler à son prince l'identité d'Ortie. Insupportable. 

Lourd porte particulièrement bien son nom dans cette tranche de l'histoire : pris de mal de mer, il passera la première partie du voyage sur le pont... et y chopera une bonne crève, forcément. Alors il passera ses nerfs sur Fitz, parce que c'est forcément sa faute tout ça ; et entre deux reniflements, il lui mettra les bâtons dans les roues autant que faire ce peut. Des baffes, tiens ! 

Enfin, Trame. "Bah, mais il est tout gentil !". Oui, justement, il en fait trop alors qu'on lui demande absolument rien. A chaque fois, le vifier et sa mouette réussissent à se mettre ces grincheux de Leste et de Lourd dans leur poche en moins de trente secondes, et c'est terriblement énervant au regard des efforts du héros qui ne parvient pas à se faire respecter d'eux. A trop jouer le père de tout le monde, Trame en devient pénible, sinon douteux. Allez, des baffes aussi ! C'est gratuit ! 



Une société matriarcale


Attention, la délégation de Castelcerf débarque en terre inconnue, avec des valises de préjugés et des fantasmes exotiques bien précis : ça ne va pas être triste. Déjà, Zylig est une ville aussi dégueulasse que sa bouffe _essentiellement basée sur le pâté de poisson. Ensuite, Devoir et ses proches comprennent vite qu'ils ne sont pas en totale sécurité étant donné qu'on les a logés dans la maison forte avec la surveillance qui s'impose. Enfin, ces gens n'ont pas le même sens de l'accueil que les gens des Six-Duchés : selon eux, fournir la bouffe à des invités revient à les considérer comme faibles et incapables de se nourrir seul. Par conséquent, chaque arrivant prévoit sa gamelle, parce que c'est ça aussi, le respect ! 

Mais surtout, la grande différence entre les îles d'Outre Mer et les Duchés réside dans l'organisation hiérarchique de la société : puisque les hommes font les marioles en mer toute l'année, ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir sur terre, et pas qu'un peu. Si Robin Hobb avait déjà laissé entendre la pertinence d'une société matriarcale lorsqu'elle nous racontait Terrilville dans Les Aventuriers de la Mer, elle la met en scène sans rien laisser au hasard dans L'Assassin Royal. Bien qu'elle n'invente rien _ le mythe des Amazones (les copines de Xéna) ne date pas d'hier, elle recrée ,sans s'appesantir sur les détails, une société où les femmes ont acquis un ascendant sur les hommes ; de plus, elle parvient à traduire avec justesse le regard des hommes de Castelcerf sur ce "monde à l'envers". Cerise sur le gâteau, elle s'éclate en attribuant exclusivement la liberté sexuelle aux femmes, dès lors tout à fait libres de choisir le partenaire qu'elles souhaitent sans que l'homme ait clairement son mot à dire. Fitz ne se sortira de ce dangereux guêpier qu'en faisant croire à une demoiselle qu'il a trop envie de chier pour lui faire l'honneur de coucher avec _argument simple et efficace, tandis que le vieil Umbre se pliera sans broncher aux mœurs des îles. 

Notre seul regret sera que Robin Hobb ne nous ait pas dessiné une petite cartographie des îles d'Outre Mer, dans le style de celle des Six-Duchés, que l'ont peut lire à l'ouverture de chaque volume. Elle nous a été bien utile par le passé ! Enfin, c'est plus facile à dire qu'à faire, et j'ai qu'a la tracer moi-même si ça me manque tant, me direz-vous.

"Le dragon des glaces" plaira aux fans de la première heure, mais pourra se révéler ennuyeux pour les lecteurs qui n'apprécient pas la branlette de méninges _mais est-ce qu'on arrive au tome 11 de L'Assassin Royal si on n'aime pas ça, ne serait-ce qu'un peu ?... Le meilleur moment de ce livre ? La dernière phrase, tout simplement. Sachez-le, ça vaut la peine de bien lire jusqu'au bout ! 


_____________

*Gnagnagna, c'est un peu chiant à prononcer ! Voilà, c'était la note de pas de page foireuse, désolée ! 
** Bon bah j'ai perdu une dent ! 


Edition utilisée ici : 
ROBIN HOBB. L'Assassin Royal 11 - "Le dragon des glaces". Trad. A. Moustier-Lompré. Editions France Loisirs, 2007. Coll. Piment. 404 p. ISBN 2-7441-8735-6

Illustration couverture : John Howe. 
Site de l'illustrateur : http://www.john-howe.com/blog/