mercredi 29 juillet 2015

Alice Écuyère - Caroline Quine (1959)


Parce qu'il faut croire que j'aime bien les chocs thermiques, je suis passée directement de Brainless (Jérôme Noirez, 2015) à Alice écuyère publié en France en 1959 et signé Caroline Quine. Ce livre pour enfant traînait dans ma chambre depuis très longtemps et je me suis demandée pourquoi je ne l'avais jamais lu. En l'ouvrant, la raison de mon mépris pour ce vieux bouquin à la couverture ocre et étoilée, paru dans une vieille collection des Editions Hachette _ "Idéal Bibliothèque" m'est revenue à l'esprit : je n'ai jamais beaucoup aimé cette Alice ! 



  
A mes yeux, Alice Roy était une héroïne passablement énervante ; je devais la jalouser un peu, inconsciemment. Blonde, grande et svelte, cette fille américaine avait un père juriste, une gouvernante et pratiquait l'équitation : c'était donc une grosse bourgeoise et il est certain que mes parents n'auraient pas voulu que je parle à cette fille de RPR, si par malheur elle avait existé pour de vrai ! Comme si cela ne lui suffisait pas d'être née avec une cuillère d'argent dans la bouche, cette petite bêcheuse se disait elle-même "détective amateur", assez douée pour résoudre les énigmes en tout genre et il faut avouer qu'elle savait tout faire mieux que tout le monde sans avoir appris quoi que ce soit. Dans Alice Ecuyère, par exemple, Alice remplace une acrobate qui s'est pété la cheville et s'en tire presque mieux que l'artiste elle-même lors de la représentation alors qu'elle a à peine bossé le numéro une heure avant ! Toujours entourée d'un parterre de personnages médiocres en extase devant ses talents, cette fille me paraissait décidément insupportable ; le processus d'identification, fort important chez les jeunes lecteurs, n'avait pas opéré sur moi et j'ai laissé cette blondasse croupir dans l'ombre en ayant le sentiment de rétablir un certain équilibre social.


L'histoire

Un jour, Alice reçoit de sa tante Cécile un beau bracelet en or agrémenté de cinq petits chevaux qui pendouillent. Ah ces riches, ils peuvent pas s'empêcher se s'offrir des breloques ! Le bijou aurait appartenu à une artiste de renom. Pendant qu'elle se prépare pour sa leçon d'équitation, le cirque Sim s'installe en ville pour quelques jours : voilà un peu d'animation en perspective. C'est avec une excitation non dissimulée qu'Alice accompagne le petit voisin à la parade des artistes et des animaux ; or, au cours de la procession, un clown vient la voir, intrigué par le bracelet : où l'a-t-elle trouvé ? Il dit connaître toute l'histoire qui se cache derrière lui, et elle n'est guère réjouissante... En même temps, la jeune fille remarque que le patron du cirque Sim, M. Karl, a l'air d'être un beau connard et que Lolita la petite trapéziste qui tient lieu de mascotte tire un peu trop la gueule pour que ce ne soit pas douteux. Une enquête s'impose pour Alice !

Crazy horse !


Au cirque Sim, le ver est dans le fruit depuis longtemps. Karl règne en tyran sur sa troupe en menaçant tout le monde de licenciement pour le moindre pet de travers. Par cette méthode, il entend nouer les langues de ceux qui connaissent ses entourloupes. L'homme a fait croire à Lolita que ses parents, tous deux trapézistes, étaient morts en se réchant la gueule pendant un spectacle et qu'il l'avait recueillie ; sauf que pas vraiment. Lola, la mère de Lolita, serait encore de ce monde et vivrait quelque part en Europe. Pour aller jusqu'au bout de ce secret de polichinelle qui hante le cirque, c'est même elle qui aurait revendu le bracelet aux petits chevaux pour se faire quelques sous.

Aujourd'hui, Lolita veut fuir le cirque et son tyran M. Karl pour se marier avec le clown Pedro. Mais avant cela, elle aimerait revoir sa mère... et puis récupérer son héritage aussi, s'il y en a un, tant qu'à faire ! Alors elle sollicite Alice Roy _qui d'autre ? pour accélérer le mouvement. De son côté, Karl n'apprécie guère la présence constante de cette fille à papa autour de ses caravanes...

Elle fait trop sa meuf !!


Enquête, spectacle et grande liberté 

On ne va pas se mentir, Alice et ses amis ont vieilli. Leurs dialogues, leurs préoccupations d'adolescents et les micro-blagues que l'auteur nous fait dans certaines mises en scène ne parleront pas beaucoup aux lecteurs d'aujourd'hui. Dans le meilleur des cas, ils se foutront grave de la gueule des personnages _et cette touche comique non voulue, due au simple vieillissement de l'oeuvre, me plait toujours autant.

Pourtant, si Alice écuyère prête à rire, il faut bien reconnaître que ce roman pour enfants fait honneur à la bibliothèque verte car l'action est au rendez-vous du début à la fin, et l'enquête est bien menée. Bien sûr, l'héroïne bénéficie de quelques retournements de situation et d'heureux hasards très capillotractés, mais sa vivacité d'esprit et son "expérience" des "malfrats" fait plaisir à lire. On comprend que la série des Alice ait eu autant de succès auprès des jeunes dans les années 1960-1970 et suivantes. A présent, l'effort d'adaptation que ceux d'aujourd'hui doivent fournir est plus important, à tel point que les aventures d'Alice prennent une dimension presque historique : de la même manière qu'on se sent téléporté dans une autre ère lorsqu'on lit les aventures de Sherlock Holmes et de Hercule Poirot, Alice nous plonge dans les Etats-Unis de la première moitié du XX°siècle, une époque où l'on s'envoie des télégrammes et où on court chez sa mère pendant des bornes pour passer un coup de fil.

C'est quoi cette batte de baseball ??


Bien qu'elle soit effectivement douée, Alice est quand même extrêmement libre de ses mouvements. Ok, elle a dix-huit ans, mais quand même. Parallèlement, les trois amis auxquels elle fait appel dans cette aventure se montrent extrêmement dévoués et disponibles. A croire qu'ils n'ont pas de vie. Marion et Bess s'occupent sans broncher des tâches ingrates de secrétariat, telles que sous-tirer une autorisation au père d'Alice par harcèlement téléphonique ou prévenir la gouvernante que tout va bien, tandis que la star du livre fait des galipettes sur son cheval et récolte les lauriers. La petite Bess, présentée d'entrée comme une fille boulotte un peu superficielle, par rapport à sa cousine Marion garçon manqué _donc sérieuse, fiable, sportive, gouine, entreprenante, forcément... est celle qui se fait le plus avoir. En effet, elle se retrouve bien malgré elle à jouer les doublures de fortune lorsque Alice doit quitter momentanément le cirque pour les besoins de l'enquête. Quant à Ned Nickerson, le "camarade" d'Alice (comprendre : son mec), il est juste bon à protéger sa dame quand le danger se manifeste. Le reste du temps, elle n'hésite pas à le renvoyer subtilement voir ailleurs si elle y est.

Enfin, James Roy, le père d'Alice, est un père extrêmement cool pour l'époque. On sait qu'il est "avoué" _elle le dit tout le temps, qu'il est plutôt riche, et on remarque qu'il a une confiance infinie en sa fille :
"Papa, je peux remplacer l'acrobate du cirque, ce soir ? _Oui pas de problème !"

"Papa, on peut aller à Londres, demain ? C'est pour faire passer un message à la maman de Lolita, qui est peut-être morte, en fait ! _ Oui bien sûr, je peux même venir avec toi, je t'aiderai à la chercher !"

"Papa, on peut ramener la maman de Lolita ? Mais on n'ira pas à New York directement, j'aimerais bien qu'on fasse un détour d'une demi-journée pour brouiller les pistes... _Oh mais quelle excellente idée !"

Du rêve en barres pour les gamins !  

Alice et le méchant communiste

Idées reçues
    
Par curiosité, j'ai fait quelques recherches sur Caroline Quine et la série des Alice, via Google et Wikipedia, comme les gamins ! Parce que merde ! c'est les vacances ou pas ? Eh bien j'ai appris des choses, voyez-vous.

Dans ma tête, Alice faisait partie de la littérature de jeunesse 100% française. Je pensais que l'auteure avait voulu faire dans l'exotisme en situant l'histoire aux Etats-Unis, mais en fait, pas du tout : ce sont les noms des personnages qui ont été plus ou moins francisés. Ainsi, Nancy Drew devient Alice Roy dans la version traduite pour le petit public françois. Si cela vous intéresse _moi pas trop, je vous l'avoue, voici un site dans lequel vous pourrez trouver toutes les correspondances : http://alicebooks.free.fr/. Merci Wikipédia ! On peut dire ce qu'on veut sur cette encyclopédie collaborative, mais si je n'avais pas lu la liste des sources qui ont servi à composer l'article "Alice Ecuyère", je n'aurais peut-être jamais trouvé ce site ! Bref, on va pas faire un débat Wikipédia maintenant.

Autre surprise : ils sont plusieurs dans la  tête de Caroline Quine !! En fait, Carolyn Keene (pour les anglophones) n'est pas une seule et unique personne. C'est une sorte de pseudo collectif derrière lequel se cachent plusieurs écrivains. Dont Harriet S.Adams, véritable auteur d'Alice Ecuyère. C'est quand même elle qui nous intéresse aujourd'hui !


Ca fait du bien de pouvoir mettre un visage derrière un nom.

Quoique...

Que dire pour conclure, sinon que j'ai essayé plusieurs fois d'imaginer la tête de mes élèves devant les prouesses d'Alice Roy et de ses copains-esclaves versus un M. Loyal qui menace les clowns de les virer et un palefrenier aigri qui essaie d'étrangler les gens avec des fouets décoratifs. A chaque fois j'ai beaucoup ri.

Si vous avez eu un coup de cœur en lisant ce billet _je vois pas trop comment ce serait possible, mais bon, tout arrive : il est en vente sur e-bay !


CAROLINE QUINE. Alice Ecuyère. Hachette, 1966. Coll. "Ideal Bibliothèque". 186 p., ill. Trad. Hélène Commin. 




vendredi 24 juillet 2015

Brainless - Jérôme Noirez (2015)

La semaine dernière, je suis allée faire un tour dans le rayon jeunesse de la librairie Marbot à Périgueux. Non pas que j'aie du mal à décrocher : simplement, les livres pour enfants et ados sont situés au rez-de-chaussée du bâtiment, pas trop loin de l'entrée, ce qui signifie que le réseau mobile y passe très bien _ce qui n'est pas le cas au sous-sol, où on ne capte rien, sachez-le. Cette stratégie m'a quand même donné l'occasion de faire le tour des nouveaux titres et d'être happée par une couverture des plus alléchantes...


... celle du dernier roman de Jérôme Noirez, Brainless. Qui ne s'extasierait pas devant ce magnifique cerveau sous cloche qui n'attend que d'être dévoré ? A part Marine, qui a trouvé ça "dégueu".

Le vieux craquage ressenti sur la couverture s'est confirmé en découvrant l'intérieur, c'est le moins qu'on puisse dire ! Si  l'année dernière, à la même époque, je vous parlais les tripes encore retournées, de mon coup de coeur pour Wonder, aujourd'hui je viens vous présenter mon champion de l'été dans la catégorie racontage de vie d'ado ! D'ailleurs, à propose de tripes... disons qu'il en est largement question dans ce roman.

L'histoire 

"Brainless", c'est le surnom que Jason se traîne depuis toujours. Toute la petite ville de Vermillion dans le Dakota du Sud s'est mise progressivement à le désigner ainsi, si bien qu'avec le temps, ce jeune un peu simplet s'est fait une raison et a accepté son statut d'idiot local. Jason entre au lycée et son "absence de cerveau" risque de lui poser des problèmes...



Depuis quelques temps, la vie quotidienne et son lot d'informations à mémoriser est encore plus dure à gérer qu'avant. Pour être plus précis, disons que les choses se sont compliquées depuis qu'il est mort en s'étouffant avec des grains de maïs trop vite ingérés lors d'un concours de gobages d'épis..

En plus de préparer son sac de cours, se rappeler de se brosser les dents, il doit à présent bien penser à s'injecter quotidiennement du formol en intramusculaire pour ne pas pourrir et composer ses repas à base de viande crue. Bien sûr, personne ne doit savoir qu'il souffre de ce mystérieux (et ô combien gênant) Syndrome de Coma Homéostatique Juvénile qui touche de plus en plus d'adolescents américains, autrement dit qu'il est devenu un zombie. Alors, il se garde bien de dire qu'il est mort un soir d'été et qu'il s'est réveillé quelques heures plus tard, le coeur à zéro et le souffle inexistant, sans que personne ne puisse rationnellement expliquer ce phénomène. Intellectuellement, rien ne s'est arrangé, bien au contraire : ses capacités se sont même légèrement dégradées... Plus que jamais, la discrétion est de mise.


Il n'a pourtant pas d'inquiétude à avoir à ce sujet : les autres lycéens l'ignorent complètement quand ils n'ont pas en tête d'idée pour l'emmerder. Ils ont tous leurs préoccupations, leurs centres d'intérêts plus ou moins superficiels, leurs projets plus ou moins glauques. Accompagnée de sa bande de pouffes, Cassidy la pom-pom girl se la pète H24 et passe son temps à se moquer des filles qui ne bénéficient pas d'un physique aussi avantageux que le sien. Son objectif du moment : séduire le beau Tom, la star de l'équipe de foot dont le melon surdimensionné ne passe déjà plus la porte. Rayan, ce garçon obèse qui aime s'habiller en jaune, joue les apprentis détectives dans Vermillion après avoir été "embauché" comme mouchard par le détestable proviseur Ortiz. Quand la nuit tombe, Tony et Jim, deux petits WASP à qui on donnerait le bon dieu sans confession, font couler le sang et y prennent grand plaisir... A côté d'eux, un zombie comme Brainless a presque l'air d'un ange : il n'a même pas envie de manger de l'humain ! Seule Cathy, la gothique venue de Chicago, semble se démarquer de ses semblables et de leur mentalité qui retarde de deux siècles.

Dans l'obscurité d'un sous-sol, un drame se prépare...


ATTENTION SPOILER à partir de là !! 



Entre humour et horreur, une caricature des jeunes (et moins jeunes) américains 

Jérôme Noirez se dit amateur de films d'horreurs ; eh bien ça se voit ! En mettant en scène un héros lui-même fan de Vendredi 13 et d'autres chefs d'oeuvre du genre que je n'ai pas l'honneur de connaître (ni l'envie, encore que !), il s'en donne à coeur joie dans les dialogues et les références qu'il nous fait partager. De plus, lorsque l'idée vous prendra de scalper Brainless, vous verrez que l'auteur, plutôt connu pour ses ouvrages de fantasy, ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il dépeint certaines scènes prédisposées. Une fusillade, un choc malheureux en cours de sport, une dissection de rein de porc ou une altercation au cimetière qui tourne mal : chaque morceau de cervelle a son importance, qu'on se le dise... Âmes sensibles s'abstenir, même si le tout est saupoudré de quelques pincées de Scary Movie !

Toujours avec un sourire en coin, c'est un tableau de la société américaine brossé à grands coups de papier de verre qui s'offre à nous.

D'un côté, vous avez une bande de lycéens plus au moins aussi écervelés que Brainless dont les actes sont vains puisque de toute façon, leur avenir est déjà tracé en fonction de leur rang social. Riches et pauvres se gardent bien de se mélanger. De l'autre, des adultes tout aussi médiocres, hypocrites et parfois sadiques. Eux n'ont plus n'ont pas tous les mêmes valeurs. Les deux générations sont liées par deux drôles d'effets de miroir.

Celui de la drogue, tout d'abord. Eh oui, ces petits cachets oranges que Tom le footballeur distribue comme des bonbons lors de soirées qui en valent la peine sont ni plus ni moins fabriqués et dealés par leur prof de SVT, un homme qui ne semble vivre que pour disséquer les animaux et enseigner cet art subtils à ses bouchers d'élèves.

"Qui a fait ça ? Qui a osé manquer de respect à un organe ?" 

Celui de l'intolérance, ensuite, à travers le racisme, l'homophobie, le refus d'accepter le handicap mental. On la ressent aussi nettement dans les propos de Cassidy, de Jim et Tony, que dans les pensées profondes du proviseur Ortiz.

"_Après les handicapés, les homosexuels, les lesbiennes et le végétariens, il faut que j'accueille à bras ouverts les zombies" (Ortiz)

"Le seul type pas trop mal, c'est un black. Je vais pas sortir avec un black, quand même" (Cassidy) 

 Les parents des jeunes personnages sont tous assez pathétiques et s'illustrent soit par leur maladresse _lorsque la mère de Cathy fourre des préservatifs dans le sac de sa sorcière de fille, soit par leur laxisme _les parents de Cassidy n'ont visiblement aucune prise sur la leader du "Club des Salopes", ceux de Tony et Jim, n'en parlons pas ! Soit par leur fragilité _l'hystérie de la mère de Brainless, soit par leur absence _à l'image son père. Que peut-on espérer de leurs enfants ?


Echos lointains

La lecture de Brainless a réveillé en moi le souvenir de deux oeuvres auxquelles le roman semble faire écho, que ce soit voulu ou pas.

Au fil des pages, j'ai eu l'impression très nette de lire une transcription d'Elephant, le film de Gus Van Sant (2003). Il raconte, minute après minute, par un jeu de scènes répétées, la préparation et la concrétisation de la fusillade d'un lycée par deux élèves. Sans prétendre expliquer les motifs de cette tuerie, sans excuser, sans accuser, Elephant s'attache surtout à filmer et à fixer dans le temps les dernières minutes de vie de ces lycéens qui vaquent à leurs occupations sans savoir que la mort se dirige vers eux à grands pas.



En plus de dix ans, je n'ai jamais trouvé les mots pour dire tout le bien que je pense de ce film, alors je m'arrêterai là. Si les dernières pages de Brainless ressemblent beaucoup aux dernières minutes d'Elephant, la fin n'est pas du tout la même... et elle vaut le détour.

De manière beaucoup plus légère, l'histoire de Jason m'a fait penser à celle de Charlie, dans Des Fleurs pour Algernon. Je ne pense pas l'avoir fait plus haut, donc je profite de cette remarque pour préciser que Brainless est composé d'une alternance de chapitres racontés à la troisième personne par un narrateur omniscient et consacré à l'action principale, et de chapitres "confessions" narrés à la première personne par Jason lui-même. Ces derniers ne suivent pas forcément la chronologie des événements macabres qui se produisent à Vermillion. A eux-seuls, ils forment un "journal" dans lequel Jason nous livre des informations sur son passé de vivant et sur sa condition de zombie ; ce sont eux qui me font penser à Charlie Gordon et à son carnet dans lequel il consigne son évolution mentale. Tout comme Charlie, Jason se sent exhibé comme une bête de foire dans des conférences pseudo-scientifiques et vit mal la situation. De la même manière que lui, il connaît des "réveils" intellectuels temporaires à certaines occasions _dont je ne dirai rien, y a spoiler et spoiler hein !! et il est malheureux lorsqu'il se sent "redevenir" bête.




J'ai lu Brainless en deux jours. Ceux qui me connaissent un peu savent que je lis très très lentement. Ils auront donc compris que l'histoire est aussi captivante que l'écriture de Jérôme Noirez est agréable à lire. J'aurais bien voulu faire ma langue de pute et dire quelque chose de négatif sur ce bouquin sorti au mois de mai dernier, mais je ne vois rien à ajouter ! Alors tant pis ! Histoire d'épouvante, journal d'un zombie, peinture de la jeunesse américaine à lire au 36° degré... Brainless un objet littéraire non identifié mais très rafraîchissant en cet été caniculaire ! Dévorez-le cru !

Pour les élèves : à partir de la 4ème minimum... C'est quand même violent !

NOIREZ, Jérôme. Brainless. Gulfstream, 2015. Coll. Électrogène. 254 p. ISBN 978-2-35488-248-8

lundi 20 juillet 2015

Lorien Legacies : Tome 1 : "Numero Quatre" ; Jobie Hughes et James Frey, alias Pittacus Lore (2010)


Ne cherchez pas de logique, il n'y en a pas. Après avoir fait la critique du tome 5 de la série Lorien Legacies dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio sans avoir lu les précédents, je me suis juste dit qu'un retour à la case départ et aux fondements de l'intrigue s'imposait pour vous comme pour moi. En conséquence, je me suis lancée pour de bon dans la lecture du tome 1 : Numéro Quatre



Pour tous les lycéens de la petite ville de Paradise, John est un gars comme un autre ; un peu distant, un peu bizarre peut-être, mais sans plus. Après tout, il vient juste de débarquer dans les fins fonds de l'Ohio, il y a de quoi faire un peu la gueule, non ? D'autant plus qu'il arrive de.. d'où, d'ailleurs ? On ne le sait pas vraiment. Mystère... 

(Pardon...)
Apparemment, le lascar vit seul avec son père en retrait de la société, mais il a déjà trouvé le moyen de se faire un pote et de séduire la fille qui est sortie avec l'un des mecs les plus populaires du lycée... Pour un nouveau, on peut dire qu'il ne s'intègre pas trop mal ! Enfin, peu importe du moment que l'équipe de foot qui représente l'école gagne son match ! 

Or, la vérité est ailleurs...

John n'est pas un humain mais un Loric, c'est à dire qu'il est né sur la planète Lorien avant qu'elle se soit ravagée par les Mogadoriens, un peuple hostile au sien. A l'issue de combats sanglants, neuf jeunes Lorics et leur tuteurs ont été mis en sécurité sur la Terre et dispatchés aux quatre coins du monde pour que leurs ennemis ne puissent pas retrouver leur trace. Ils grandiront à l'abri des menaces et plus tard, si tout se passe bien, ils seront les acteurs de la revanche loric.

Qui aurait pu prévoir que l'acharnement des Mogadoriens serait sans limites ? Dix ans plus tard, ces derniers quadrillent toujours la Terre dans la plus grande discrétion pour exterminer les survivants ; un obstacle majeur les empêche d'arriver à leurs fins : les Neuf sont liés par un sortilège et ne peuvent être tués qu'en fonction du numéro qui leur a été attribué au départ. D'abord le numéro 1, puis le 2, puis le 3 et ainsi de suite.

John est le numéro quatre. Ses trois premiers congénères ont été tués et il sait qu'il est le prochain sur la liste. C'est pourquoi son tuteur et lui passent leur vie à déménager dans des trous paumés, à changer d'identité et à tenter de se fondre dans la société sans tisser de liens trop solides avec les humains. Leur mot d'ordre : surtout, ne pas faire de vagues, ça pourrait attirer des ennuis !

Mais l'arrivée du binôme à Paradise va modifier la donne pour plusieurs raisons. D'abord, John en a marre de changer de nom, de copains et de maison tous les trois jours ; il aimerait bien se poser. Ensuite, il fait très rapidement l'expérience de sentiments qui lui étaient jusque-là passés au-dessus : l'amitié, l'amour, la colère. Enfin, les "dons" caractéristiques des Lorics commencent à se manifester chez lui et à se développer à une telle vitesse qu'il a bien du mal à les cacher et à les maîtriser. Imaginez qu'une lampe-torche vous pousse dans la main et aveugle tout le monde dès que vous vous énervez un peu.. Pas facile à gérer, non ? Pourtant, John n'est pas une tête brûlée ; il sait qu'il porte l'héritage d'une planète déchue et qu'il est en danger de mort lui-même. Plus tard, s'il survit, s'il s'entraîne afin d'exploiter au maximum son potentiel, il sait qu'il sera en mesure de s'allier à ses cinq homologues pour venger ses ancêtres.


Un extraterrestre en ébullition

Le Lumen est le premier d'une longue série de dons plus ou moins lourds à porter pour Numéro Quatre, qui est quand même, à mon avis une figure de l'adolescent dans toute sa splendeur. Son tuteur est à l'affût de l'expression de ces petits cadeaux de la nature de la même manière qu'un jeune nabot pré-pubère scrute quotidiennement dans le miroir l'éclosion laborieuse de ses poils. Et quand enfin ses facultés d'éclairage apparaissent, il ne sait absolument pas quoi en faire. Puis c'est l'avalanche : télékinésie, résistance au feu, accroissement de la rapidité... John ne sait plus où donner de la tête d'autant que son père spirituel se transforme alors en coach sportif de plus en plus exigeant et surexcité. Mais comme c'est un garçon sage et responsable, il arrive bien vite à se canaliser et à composer avec ses nouveaux attributs.




Il faut dire qu'il écoute plutôt bien les conseils de Henri, ce maître à penser tout calme qu'il a appris à suivre les yeux fermés ; seulement, le Loric aux mains de lumière ne peut s'empêcher de braver quelques interdits pour aller se fourrer dans des situations dangereuses avec la belle Sarah et Sam, son bon pote amateur d'extraterrestres et cliché ambulant du geek à lunettes asocial. John sait qu'il ne doit pas s'attacher aux humains, que la Terre n'est qu'une cachette temporaire pour lui, qu'une femme loric, c'est bien autre chose qu'une femme humaine, mais voilà ! l'amour et l'amitié sont les plus forts ! C'est décidé, il ne luttera pas plus longtemps contre les assauts de son coeur, parce que merde !! voilà !!
 
Puisque vous n'arrêtez pas de le faire chier, John va partir faire un jogging tranquillou à 320km/h dans les bois avec son chien super intelligent qui l'a élu comme maître à son arrivée dans l'Ohio !


Etrange, n'est-ce pas ?? Ne sentez-vous pas un potentiel magique chez ce clebs ??  
C'est louche tout ça !
La suite nous dira que papa avait raison, puisque ce sont ses nouveaux amis qui vont, bien malgré eux, le sortir de l'anonymat et précipiter les événements : John va se faire repérer des Mogadoriens en faisant la une des médias locaux pour avoir sauvé Sarah des flammes lors de l'embrasement de la maison familiale de Mark James. Le footballeur avait profité de l'absence de ses parents pour organiser une fête à la mesure de sa popularité. Précisons que l'incendie a été en partie causé par Sam qui, tout occupé qu'il était à lécher les seins la pomme de sa copine Emily dans la cave, a fait tomber une bougie...

Un départ mou du genou mais un final turbo 

Si, dans une première partie du roman, on est plus tenté de se laisser porter par le quotidien de John que de s'y plonger franchement, les soixante dernières pages nous captivent car elles marquent le début d'une action sans relâche. Alors on ne remerciera jamais assez Sam d'avoir foutu le feu chez Mark James, même si c'était involontaire !

Et ça fait du bien. Car lorsque j'ai commencé à lire la rencontre entre John et Sarah, je me suis exclamée : "Oh putain ! Ca va être Twilight version extraterrestre ce bordel !" Par chance, j'étais seule dans la laverie.

J'ai pas de vidéo du moment où ils courent comme des cons au milieu des fleurs en se tenant la main.
Dommage

Je ne sais pas si c'est parce que je venais de voir la dame qui me fait peur, ou juste parce que j'étais mal lunée, mais les premiers chapitres m'ont semblé rebutants à souhait..

Déjà, le héros m'a énervée direct : trop gentil, propret, manquant visiblement de personnalité, racontant le passé de Lorien avec une certaine froideur _ce qui peut s'expliquer vu que ses souvenir remontent à une dizaine d'années... On voit arriver gros comme une maison qu'il va bien s'entendre avec Sam et Sarah lui tombe toute cuite dans le bec, sans qu'il ait besoin de la draguer très longtemps.

Les méchants Mogadoriens sont tellement méchants qu'ils ont le sang noir et que quand ils meurent, ça fait un tas de cendres ; d'ailleurs, le grabuge de la fin me donne envie de récupérer toute cette poussière brûlée pour mes poules. Comme chacun sait, y a pas mieux pour l'épouillage.


video
Séance d'épouillage entre copines


Quant à Mark, stéréotype du sportif écervelé qui voit rouge dès qu'un type s'approche trop près de celle qu'il aime _ mais qui l'a largué !, on regrette que son personnage n'ait pas été plus creusé même si la fin de ce premier volet de Lorien Legacies laisse entrevoir un semblant d'ouverture dans sa cervelle obtuse. A suivre...

Devinez quoi : les gentils sont très gentils et ils se font des câlins dès qu'ils en ont l'occasion. J'exagère à peine. Sam est attendrissant dans son rôle de crevette à binocles bizutée et passionnée de vie extraterrestre depuis que son père a été enlevé par les petits hommes verts _c'est du moins ce dont il est convaincu ! Va-t-il seulement parvenir à se libérer de sa mère castratrice ? La palme de la niaiserie revient à la relation qui unit Sarah et John, car elle est agaçante au possible. Je m'aime, tu m'aimes, nous nous aimons alors nous nous léchons la gueule dès que nous le pouvons et nous soupirons dès que nous ne le pouvons plus ! Bordel ! Était-ce vraiment nécessaire de faire de leur idylle une histoire aussi mielleuse dès le début, dégoulinante de partout et sans aucune pudeur ?? Tout ça parce qu'elle lui a appris à faire une crêpe à peu près correctement en cours d'"économie domestique" _ouais, ouais, ils ont des cours de cuisine ! et parce qu'il a bien voulu l'aider à nouer son tablier à la même occasion. Enfin, comme vous le savez depuis le temps, je ne suis pas fan des histoires d'amour dans les romans quand je sais que l'action, la vraie, ne demande qu'à éclabousser tout le monde quelques pages plus loin.

LA VIE !! J'ai seulement tapé "couple niais" sur Google et je suis tombée sur eux !! 

Eh oui, bien que je n'arrête pas de baver dessus depuis tout à l'heure, je le dis : Numéro Quatre a des arguments pour plaire et ne vole pas son succès. 

  • Le potentiel camouflage. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Henri et John ont développé un art de la dissimulation et du changement d'identité que les auteurs nous présentent à demi-mot et qui en surprendra plus d'un. Les situations à risque sont d'autant plus difficiles à gérer, et les secrets d'autant plus lourds à garder qu'ils sont deux à en avoir la responsabilité. Histoire de nous rappeler qu'un bon mytho monté en binôme ne tient que si la confiance et la complicité sont au rendez-vous. Du coup, du haut de ses quinze ans (ou à peu près), John a déjà acquis le réflexe de ne rien laisser traîner derrière lui.   
  • La diversité des dons. La transmission de pensée, on connaît. La télékinésie, on a déjà vu. La communication avec les animaux : aussi, mais ça marche toujours. Le mythe de l'homme invisible : rebattu, mais tellement efficace ! Par contre, les lumières dans les mains, il fallait y penser !  
  • Un monde à part. Les auteurs ont le mérite d'avoir crée l'univers d'un peuple détruit, d'une planète ravagée. Bon, apparemment la planète Lorien ressemblait un peu au monde des Bisounours avant que les Mogadoriens posent leurs grosses bottes de méchants dessus, avec plein de prairies, de rivières, peuplée de gens qui s'aimaient et vivaient "en harmonie", mais j'ai toujours beaucoup d'admiration pour ces gens capables de créer une civilisation parallèle de A à Z.  
  • Des animaux qui parlent. Le traitement de la communication avec les animaux dans les romans est immanquablement une question intéressante à aborder dans un livre. On retiendra ici qu'elle est tout d'abord inconsciente chez John ; le Loric est capable de recevoir des pensées des bêtes qui l'entourent, et d'en transmettre lui aussi. Or il ne s'en rend compte qu'à la toute fin de l'histoire, lorsque Six lui apprend que Bernie Kosar n'est pas un animal "comme les autres". Il réalise alors qu'il échange avec lui depuis leur première rencontre, quelle que soit sa forme (lézard, chien...) et que cette possibilité de dialoguer avec le monde animal ne s'arrête pas à lui. Au contraire, ce nouveau don s'est progressivement développé sans qu'il y prête la moindre attention. Cette prise de conscience tardive, suivie d'un sentiment d'évidence du type "mais comment j'ai fait pour pas le voir plus tôt ?" est réussie. On est aux antipodes de L'Assassin Royal de Robin Hobb et des violents chocs de pensée entre Fitz et les animaux qu'il croise sur son chemin, ou de la fusion presque destructrice qu'il peut connaître avec son loup, Oeil de Nuit. 

Enfin, pour ceux qui auraient commencé à lire Numéro Quatre et qui auraient l'impression de n'en plus voir la fin tellement John et Sarah sont chiants à mourir, je vous encourage franchement à aller jusqu'au bout. A partir de l'incendie de la maison des James, à l'issue duquel John l'extraterrestre finit sur Youtube comme un con et se fait repérer par l'ennemi, tout s'accélère. Pour reprendre les propos de Six, le temps de la fuite se termine, il faut maintenant s'attacher à affronter les Mogadoriens en face à face. A peine a-t-on compris l'enjeu du combat imminent que le ciel se couvre, le lycée devient un champ de bataille improvisé, les méchants sortent de partout en faisant grincer leurs dents pointues et leurs poignards ensorcelés, et des bêtes aussi énormes qu'affreuses tombent sur la gueule de l'homme aux mains-lampes de poche !! Alors, alors seulement, vous pourrez être sûr que vous en avez pour votre prix !

BASTON !!!!!!!!!!!!!

A part ça, toute l'histoire est écrite au présent _dans la traduction française en tous cas, et ça m'énerve prodigieusement, parce que je trouve que certains passages sonnent faux à cause de ce choix de temps. Il me semble que ça nuit à la qualité de l'écriture, mais c'est peut-être une impression très personnelle.

Y a plus qu'à regarder le film et lire la suite !

PITTACUS LORE. Lorien Legacies, Tome 1 : Numéro Quatre. J'ai Lu, 2010. Coll. "Baam!". 446 p. ISBN 978-2-290-02357-0

Si vous voyez des fautes, signalez-les en commentaire, j'ai la flemme de me relire. Merci ! 

vendredi 17 juillet 2015

Mars Attacks : Attack from space - John Layman ; John Mc Crea (2014)


Après Numéro Quatre et sa suite La revanche de Sept, on reste dans l'univers des extraterrestres à travers la découverte de Mars Attacks : Attack from space, le premier épisode d'un comics à la gloire des petits hommes verts

"Mitraillette à gauche... Mitraillette à droite"

Oui, comme vous pouvez le constater en voyant la tronche du Martien qui crève la couverture "avec son gros crâne", comme disent les jeunes, le titre fait bien référence au film Mars Attacks réalisé par Tim Burton et sorti en 1996. Il s'agit plus exactement de la préquelle* du célèbre long métrage qui vient apporter un élément d'information de taille aux fans, le chaînon manquant qui a pu tourmenter autrefois les spectateurs les plus gentils (ou les plus pragmatiques) : les motifs de l'invasion de la Terre par les Martiens, et les raisons d'un tel acharnement contre les humains !

L'histoire 

A la question "Pourquoi les extraterrestres sont-ils aussi cruels avec l'espèce humaine ?" qu'on se posait (ou pas) en regardant le film, le comics chronologiquement antérieur nous répond ": parce ce que des hommes ont cherché la merde".

Il faut remonter en 1962 et à la première incursion sur Terre de Zar, un soldat martien lambda visiblement dépourvu de pulsions destructrices. En réalité, son atterrissage mouvementé sur la planète bleue résulte d'une collision entre sa soucoupe et la station spatiale de Buck, un astronaute américain. Zar survit à l'accident mais alors qu'il est encore dans les vapes, il est découvert par deux types un peu simplets qui le vendent aussitôt à un cirque pour se faire quelques sous. Son aspect atypique et quelque peu répugnant fait de lui une nouvelle attraction, voire un être que le gérant se donne le droit de maltraiter et d'accuser de meurtre pour couvrir son propre crime. Il n'en faut pas plus à Zar pour se faire sa propre idée de l'humanité même s'il ne pige pas tout à la langue des autochtones. Encore sonné, il parvient à prendre la fuite mais le mal est fait : le désir le vengeance qui vient de naître en lui ne le quittera plus. Il ne tarde pas à demander du renfort.

De leur côté, les hommes affûtent leurs armes car ils sont bien décidés à embrocher le monstre en liberté qui a déjà tué l'un des leurs. Après une rapide tentative de communication à base de coups de fusils et de lance-flammes martiens, la guerre est officiellement déclarée.


Pas de demi-mesure 

A priori, les fans du film devraient apprécier cette BD... qui vient nous rappeler que Tim Burton s'est lui-même inspiré des albums et des cartes à collectionner de Topps (un peu gores, soit dit au passage), et d'autres comics pour bâtir Mars Attacks.



On y retrouve tous les ingrédients d'une recette qui plait à ceux qui aiment l'action, la bouillie de cerveau martien et, par conséquent, le flan en gélatine.

"Baaaaaaahh dégueeuuuuu"


A ce moment de l'histoire, personne ne sait encore qu'il suffit de faire écouter de la musique aux martiens pour leur faire péter un câble ; alors on mitraille joyeusement de part et d'autre.

John Mc Crea se garde bien de faire l'impasse sur les détails lorsqu'il dessine les cadavres et la vivacité des couleurs utilisées renforce le côté "cru" du dessin. En ce sens, on notera que les créateurs de "Attack from space" ont tenu à rester fidèle à l'ambiance colorée du film de Tim Burton (lui-même inspiré de l'univers les comics, comme on l'a dit plus haut), comme si l'Amérique n'était plus qu'un interminable coucher de soleil avant une nuit éternelle. A été conservée également l'atmosphère stressante causée par une invasion qui se prépare, avec force soucoupes dans les cieux, individus non identifiés qui s'incrustent de partout et apparaissent simultanément dans différentes régions du monde. Quant au jeu de la prise de possession des corps humains par les extraterrestres, finalement assez peu utilisée dans la version filmée de l'histoire, elle est ici fréquemment et efficacement mise à profit.

On regrettera par contre que cette BD soit aussi difficile à suivre... car entre les écarts spatio-temporels, les flashbacks et les prolepses, merci pour les zigzags ! Ce sont des procédés littéraires qui créent sans doute des effets fabuleux dans cette intrigue si l'on s'accroche, mais encore faut-il que le lecteur ait le temps de s'accrocher à quelque chose ! Eh, je sais bien que je suis pas une flèche, mais j'ai du retourner en arrière plusieurs fois dans ma lecture pour m'assurer que je n'avais pas loupé un changement d'époque ou de zone du monde ! Du coup, l'histoire semble décousue. Cela dit, je n'avais pas le film Mars Attacks en tête pendant ma lecture, alors peut-être que les connaisseurs ne verront pas vraiment où je veux en venir. Et en matière de comics, je ne connais rien d'autre que "la couverture de Captain America", et encore seulement parce qu'elle figurait au programme de l'épreuve d'Histoire des Arts en 3° cette année.. C'est dire !
 

Oui parce que du coup, je l'ai regardé ! 

Du coup, ça m'a intriguée cette histoire de préquelle et j'ai cherché le film en streaming.  

Je n'en avais plus aucun souvenir depuis la seule et unique fois où il s'est trouvé dans mon champ de vision, en juin 1999. C'était le dernier jour de cours avant les vacances d'été ; les profs avaient regroupé tous les élèves de 5° dans la même salle pour diffuser un film et ainsi faire passer le temps plus vite. Ce film ne m'avait franchement pas marquée car je n'étais pas du tout dans le trip science-fiction à ce moment-là. Tout ce qui m'était resté en mémoire, c'était un vague écœurement devant la substance verte et visqueuse qui éclaboussait la paroi du crâne transparent des Martiens lorsque leur cerveau explosait, un Black déguisé en pharaon et le gros foutage de gueule de mes profs pendant le discours maladroit prononcé par Richie à la toute fin du film.

"On croirait entendre Richard Virenque !" 

Forcément, cette comédie fantastique me parle beaucoup plus aujourd'hui.


Ça parle de quoi, déjà ? 

Après plusieurs démarches de communication prometteuses entre l'ambassadeur des Martiens et le professeur Donald Kessler (Pierce Brosnan), les Etats-Unis se préparent à accueillir en grandes pompes les petits hommes verts. 

Tandis que le Président (Jack Nicholson), sa femme (Glenn Close) et leur fille (Natalie Portman) se battent avec le tapis rouge et l'argenterie pour que tout se passe le mieux possible, Tim Burton nous présente plusieurs familles d'Américains qui suivent les événements devant leur poste de télé tout en continuant à composer avec leur quotidien et son lot d'embûches. Nathalie la journaliste et Donald le scientifique se draguent le temps d'une émission de télé, les Norris vivent leur vie de patriotes arriérés au grand dam de Richie, leur fils cadet un peu mis sur la touche, alors qu'il semble avoir une toute autre mentalité. Byron joue les pharaons dans un casino pour payer une pension alimentaire à sa femme Louise, qui peine à élever leurs deux enfants... Pour eux, autant dire que la visite des voisins n'est pas la première de leurs préoccupations.

Pourtant, lorsque les Martiens atterrissent, et, après avoir envoyé des messages de paix, commencent à cramer tout le monde au lance-flammes, tout le monde commence à se sentir concerné... Pas de doute, l'invasion est imminente, et malgré l'abondance de flingues, tout le monde est bien désarmé face à ces petits êtres qui se glissent partout et qui sont même capables d'adopter une apparence humaine. 

Mars Attacks, c'est le film dans lequel les Américains se font bien niquer, et à plusieurs reprises. Tim Burton se montre particulièrement incisif dans la peinture qu'il dresse des Etats-Unis, à tel point qu'il n'y a plus qu'à en rire. Les Norris (de manière générale) décrochent la palme grâce à leurs armes, leurs drapeaux et leur fierté de voir leur fils aîné un peu abruti rentrer dans l'armée. Juste derrière eux, le chef des armées fort en gueule (pour dire par grand chose d'intelligent) et prompt à exhiber l'arme nucléaire n'est pas en reste. Enfin, le Président en prend pour son grade. Naïf et/ou plein d'espoir jusqu'au bout, il n'aura de cesse de chercher un accord entre les Martiens et les Etats-Unis jusqu'à leur sortir une tirade pleine d'émotion sur la possibilité d'une alliance interplanétaire qui fera chou blanc.

Sans oublier Tom Jones...



 
Parallèlement, les ambassadeurs de Mars sont dotés d'une cruauté dont ne mesure pas la limite et sont les rois de la feinte : si je t'envoie un message pacifique, attends-toi à ce que je te frappe par surprise. Si je t'écoute attentivement et que je verse une larme sur tes belles paroles, c'est pour mieux te tuer dans les secondes qui suivent. Hormis le rire _qui tient d'ailleurs de celui de la hyène, ils n'ont pas l'air de partager beaucoup d'émotions avec les humains. Quoi de plus logique puisqu'ils n'en sont pas ? Ne les a-t-on pas sous-estimés, ou voulu les assimiler à nous ?

Enfin, vous remarquerez que le salut ne vient pas du super-héros mais des insignifiants, des inoffensifs, de ceux qu'on considère d'ordinaire comme "inutiles". Ils trouvent la solution _enfin, il serait plus juste de dire qu'elle leur tombe sur le nez suite concours de circonstances vraiment tiré par les cheveux, là où tous les autres ont échoué.  


Deux remarques... 

...qui m'empêchent de faire un dernier pont entre la BD et le film.


  • Si les événements de "Attack from space" ont lieu avant l'action du film Mars Attacks, on comprend mal pourquoi les scientifiques et politiques se montrent aussi peu méfiants et convaincus du pacifisme des Martiens quelques années plus tard... On est d'accord que dans le comics, des lieux importants sont déjà mis à mal, et des personnalités clairement attaquées.

Ou alors j'ai vraiment rien compris.


  • Là où Tim Burton tourne en dérision ses personnages et la société américaine à travers eux, le comics ne rigole pas avec ça. On est dans de la pure action sans subtilité. Exit l'humour noir et le rire à gorge déployée. Ok, on se distingue du cas de figure où les gentils Américains défoncent les méchants Russes, car le lecteur est libre de prendre parti pour qui il veut, et le héros extra-terrestre est même plutôt bien défendu par le motif clair qui l'anime. Du coup, l'enchaînement est difficile avec une telle différence de ton... 


Merci à Babelio et aux éditions French Eyes pour l'envoi de cette BD !



BD :

LAYMAN, John. McCREA John. Mars Attacks : Attack from space. French Eyes, 2014. 120p. ISBN 978-2365480314

Film : 
Mars Attacks - Tim Burton (1996) 
Warner Bros / Tim Burton Productions 
106 min
En streaming ici.

* Une préquelle met en scène des événements dont l'action précède l'oeuvre principale à laquelle elle fait référence, bien qu'elle ait été inventée après. Ici, la BD est une préquelle parce qu'elle raconte ce qui s'est passé durant les années précédent le début du film Mars Attacks. Par ailleurs, je trouve que ce mot est trop mignon.







 

  

jeudi 9 juillet 2015

J'ai peur de la dame.



Chacun doit composer avec ses phobies, ses peurs, ses angoisses. 
On ne peut pas toujours les expliquer rationnellement et c'est bien pour cette raison qu'on a autant de mal à s'en débarrasser. Certaines personnes en cumulent plusieurs, quelques-uns les surmontent facilement tandis que d'autres en sont esclaves. 

Jusqu'à l'année dernière, je pensais n'avoir qu'une seule et unique phobie _ les serpents. On ne dirait pas, comme ça, mais quand vous habitez à la campagne, cette faille devient carrément handicapante du printemps à l'automne. 
Mais en l'occurrence on s'en branle.

Une deuxième s'est développée récemment en la personne d'un vieille femme qui vit à deux rues de chez moi, dans une maisonnette située au bord de la grande rue conduisant au canal. La dame en question est plutôt âgée, mais peut-être pas tant que cela, en fait. Je dirais 70-75 ans, à vue de nez ; mais à vrai dire, j'en sais rien et j'ai pas vraiment envie d'en savoir plus. 

En effet, depuis notre première rencontre, j'ai complètement écarté l'idée de la dévisager franchement ; qu'auriez-vous fait à ma place, si, un samedi matin, alors que vous rendiez tranquillement à la laverie, le dos chargé de cabas de vêtements et la tête encore embrumée de sommeil, vous aviez entendu un "Bonjour !" sec et réprobateur sorti de nulle part ?

Tout comme moi, vous auriez cherché sa provenance et votre regard se serait arrêté sur une petite femme aux cheveux gris-bruns fixée sur son pas de porte et emmitouflée dans une longue veste marron. Tout comme moi vous auriez été transpercés par ses yeux de corbeau, pourtant enfoncés loin dans son visage émacié. Vous auriez trouvé, vous aussi, que ce "bonjour" glacial sonnait comme un agressif "tu pourrais au moins dire bonjour, petite pouffiasse !", et que la bouche d'où il sortait dessinait une porte cochère peu engageante et creusait des rides profondes sur des traits déjà tendus par une colère sourde mais bien contenue.



Afin de conserver un souvenir positif de ce grand moment d'interaction, vous auriez vous aussi répondu "bonjour" comme pour vous excuser _alors qu'il n'y aurait pas eu de quoi : vous ne lui aviez pas mis un vent, vous ne l'aviez juste pas vue, bordel ! Or visiblement, la dame n'apprécie pas qu'on passe devant chez elle sans lui accorder quelques secondes d'attention. Cela se conçoit aisément, mais encore faut-il voir la personne pour être polie envers elle !!   

Depuis ce jour,  
j'ai peur de la dame.  
AU SECOURS !

Quand je vais faire ma lessive ou acheter le pain, j'y regarde à deux fois avant de m'engager dans la rue. 

C'est curieux, quand même, cette manie qu'on a de toujours chercher des yeux ce qui nous effraie. 

Si je l'aperçois légèrement avancée sur le seuil, à l'affût des passants, je n'hésite pas à changer de trottoir, à faire le tour du pâté de maison et à passer devant l'Intermarché pour retomber pile sur la boulangerie et la laverie.  

Par chance, elle ne semble pas inspirer la même frayeur à son voisinage ; le dimanche matin, ses copines viennent régulièrement papoter avec elle, si bien qu'un petit attroupement se forme autour de son paillasson. Elle, maîtresse des lieux, reste devant sa porte comme un corbeau sur son piquet et harangue ses commères. Voûtée mais impressionnante de rigidité . Il m'arrive de tirer profit de ce moment béni pour passer à côté d'elle en étant certaine de ne pas être vue, malgré mes ballots de linge sale.   

 
Oh putain c'est elle ! je suis sûre qu'elle m'a vue !!


L'autre jour, elle m'a souri, et il m'a semblé évident que ce sourire voulait marquer le début des hostilités entre elle, la résidente, et moi, simple pièce rapportée de la grande avenue. Depuis, je ne l'ai pas revue bien que je sois passée plusieurs fois dans la rue pour aller à la laverie ou au bord du canal ; la porte et les volets sont clos. Je pense qu'elle prépare un coup d'ici la fin de la canicule, tapie dans l'ombre comme un fauve en bonne voie pour choper la gazelle qu'il se rêve depuis un certain temps.
 
09 juillet 2015, 12h30 : JE L'AI ENTREVUE ! Elle était en embuscade dans l'encadrement de la porte, et elle a bondi sur le trottoir juste après mon passage. Il va sans dire que j'ai tracé jusqu'à la laverie sans me retourner, bien que j'aie senti son regard briser mes omoplates. Un peu comme lorsque ma collègue m'a involontairement planté ses seins dans le dos, suite à un trébuchement malheureux _mais en beaucoup moins agréable ! Du coup, je ne l'ai pas saluée et je pense que la vengeance sera terrible !! 

Oui, j'avoue, 

j'ai presque trente ans et pourtant cette dame m'angoisse autant que si j'en avais cinq, à tel point que je ne vais pas tarder à en faire des cauchemars. 

La suite au prochain numéro...