lundi 27 juillet 2009

Contes et récits - Oscar Wilde -


Cette édition regroupe trois recueils parus séparément, à la base :
  • le Prince Heureux
  • une Maison de Grenades
  • le Crime de Lord Arthur Savile
LE PRINCE HEUREUX ET AUTRES CONTES (1888)

Les cinq contes du Prince Heureux nous accrochent immanquablement par leur fantaisie, la légèreté des animaux parlant rendant la gravité, voire la cruauté des situations plus tranchantes encore. Si vous aimez les oiseaux prêts à se sacrifier pour une statue déprimée ou un étudiant aux lourds soupirs, un meunier aveuglé par son coeur trop grand, des feux d'artifice vivants et querelleurs, un géant repenti, vous ne ferez qu'une bouchée des cent premières pages du livre.

UNE MAISON DE GRENADES (1891)

Bienvenue dans un monde de malaise! Un berger devenu roi, esthète et fasciné par un luxe qu'il découvre, rencontre dans un mauvais rêve les injustices du monde qui l'entoure. Un jeune prince abandonné et recueilli par un bûcheron règne en tyran sur ses petits frères, misérables authentiques, rappelant sans cesse ses origines. Il fait écho à la capricieuse infante d'Espagne amusée par la laideur d'un nain insouciant. Une reprise inversée du conte de la petite sirène, un peu lassante lorsqu'elle raconte les démêlés d'un pêcheur et de son âme, mais non dépourvue d'originalité : il n'y a bien que chez Oscar Wilde qu'on remonte des sirènes dans un filet de pêche.
LE CRIME DE LORD ARTHUR SAVILE ET AUTRES HISTOIRES (1891)

Troisième volet, et nouveau changement de tonalité. Le public visé est restreint, hormis le fantôme de Canterville, histoire souvent adapté pour les enfants, et de loin la plus comique du corpus.

Le Crime de Lord Arthur Savile porte un regard amusé et critique sur la société mondaine que l'auteur fréquentait. C'est lors d'une réception chez une amie de la haute que Lord Arthur Savile apprend, suite à la prédiction d'un chiromancien, qu'il ne pourra épouser sa fiancée avant d'avoir commis un meurtre. Par amour, le jeune homme part en quête d'une cible facile. Mais il n'est pas si simple de tuer un homme.

Le Sphinx sans secret : une femme aux allures mystérieuses se rend dans un hôtel, croise son amant sans le voir et lui assure le soir-même qu'elle n'a pas quitté sa demeure. Que cache-t-elle? A-t-il rêvé?

Le Fantôme de Canterville n'a pas le sous-titre de "fantaisie" pour rien. Lorsque la famille du ministre américain Otis s'installe dans le domaine de Canterville, personne ne se soucie du fantôme qui y sommeille. Ni l'un ni les autres ne sont décidés à quitter les lieux.

Le Millionnaire Modèle : l'histoire dans laquelle un dandy généreux plus que de raison se rend compte que l'habit ne fait pas le moine.

Le Portrait de Mr W.H revisite les Sonnets de Shakespeare. Erskine refuse de croire à la théorie de son amie Cyril, qui semble avoir trouvé le mystérieux W.H dédicataire des Sonnets de Shakespeare : il s'agirait d'un comédien, Will Hughes. Il demande une preuve irréfutable de l'existance de cet acteur, afin d'être convaincu. Incapable de la lui fournir, Cyril fait peindre un faux portrait de Will Hughes, qu'il dira avoir trouvé par hasard, en achetant un meuble d'époque.

Illustration : Oscar Wilde, Contes et récits, Edition Le Livre de Poche, Préface et notes de Pascal Aquien, 382p., 2008

samedi 25 juillet 2009

L'adieu aux armes - Hemingway -


Pendant la Première Guerre Mondiale, Henry, jeune médecin américain, s'engage volontairement dans le secteur médical de l'armée italienne, en tant qu'officier, à Gorizia.

L'histoire commence pendant une période plutôt « calme » mais indécise de la guerre, que personne ne craint vraiment, qui n'en est encore qu'à ses débuts et qui paraît si lointaine qu'on pense qu'elle va finir avant même d'avoir commencé, à moins qu'elle s'éternise et que les armées végètent pendant des années. Toujours est-il qu'Henry et les infirmiers sous ses ordres sont tenus à l'écart du danger, confinés dans leur caserne, ne sortant que pour de menues responsabilités, leur temps libre réparti entre vin et nuits passées auprès des prostituées.

Accompagné d'un ami, Henry rencontre Catherine, une infirmière anglaise avec laquelle il sympathise. C'est un personnage assez étrange, contradictoire, à la fois responsable et folle, mettant tout en oeuvre accrocher le regard du médecin américain, le repoussant aussitôt lorsqu'elle y parvient, voulant lui signifier par là qu'elle accepte ses avances, manifestant à chaque réplique un irrépressible besoin d'amour, quitte à paraître un peu collante ou nunuche. Un peu la Nadja de Breton, mais en moins pire quand même ^^. Cela semble lui convenir tout à fait, à Henry; du reste, on n'en sait rien. C'est un peu la particularité des personnages d'Hemingway que de paraître un peu amorphes, indifférents à tout, pas vraiment héroïques, pas mauvais non plus, juste « humains » par leur imperfection, voire un peu débiles quand il leur prend de répéter plusieurs fois la même chose. Henry fera tout pour Catherine, il se jure de se mettre en quatre pour elle une fois qu'elle sera à ses côtés, d'accord, mais ce sera à condition qu'il sauve sa propre tête. Pendant les combats, c'est bel et bien à lui qu'il pense, pas la peine de se voiler la face avec du faux sentimentalisme à la gomme. Ni du patriotisme. Chaque chose en son temps, et chacun pour soi.

Evidemment, l'histoire pourrait finir comme ça, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, mais ce serait oublier que l'Adieu aux armes est quand même un roman de guerre. Les combats commencent, et au cours d'un déplacement apparemment sans danger, Henry est assez gravement blessé au genou. Il est transféré à l'hôpital de Milan où, surprise, comme de par hasard, Catherine s'est arrangée pour être infirmière et tient absolument à prendre en charge le service de nuit ^^ . Evidemment, leur relation ne passe pas inaperçue et est assez mal vue des autres infirmières, en particulier de la directrice, à qui l'on attribuera la palme de meilleure rombière acariâtre du récit, et qui poussera le vice jusqu'à accuser le médecin blesser de «simuler» quelque peu sa blessure pour échapper au combat; le tout en étant consciente que les blessures volontaires aboutissent souvent à une condamnation à mort

C'est encore convalescent et la mort dans l'âme que Henry reprend ses fonctions, ayant à peine le temps de promettre un futur mariage à Catherine, qui lui annonce qu'elle est enceinte. Il n'aura plus qu'une idée en tête, déserter dès que possible, récupérer sa fiancée et passer en Suisse pour commencer une nouvelle vie.


C'était plutôt osé de construire un roman à la fois avec des récits de combats et une histoire sentimentale, sans que l'un prédomine sur l'autre. Les deux intrigues se tiennent très bien et s'entremêlent sans tomber dans la description de cadavres sanglants permanente, ou dans l'épopée fleur bleue. De toute façon ni l'un ni l'autre n'intéressait l'auteur, pour qui l'homme est un animal comme un autre, avec ses éclairs de génie et ses faiblesses, sa stupidité.

La Vie est un songe - Calderon -

Pièce de théâtre de Pedro Calderon de la Barca, écrite en 1635. Traduction de Damas-Hinard, 1845

La scène se situe en Pologne. Le roi Basilio se sent vieillir et pense de plus en plus à annoncer à son peuple qui sera son héritier. Vraisemblablement, le choix balance entre son neveu Astolphe, et sa nièce Estrella. Pour être sûr de na pas finir dindon de la farce, Astolphe a déjà prévu de se marier avec Estrella, qui part avec un léger avantage dans la course au trône. Tous ignorent que Basilio a un fils caché, enfermé à l'écart de toute société dans une grotte, surveillé par Clotaldo, un vieillard.

Pourquoi un tel traitement envers Sigismond, ce fils unique considéré comme une bête sauvage? Simplement pour une question d'étoiles. Basilio a ses faiblesses : il est fou d'astrologie, c'est un savant dans ce domaine. Il a ainsi lu dans les cieux que son fils, s'il régnait, serait un véritable despote et ne causerait que des malheurs. Il fallait donc éviter ce désastre et de le distancier le plus possible de la cour. Un peu comme Oedipe et les prédictions qu'on essaie en vain d'éviter.

Sigismond, le principal intéressé, ne connaît évidemment rien de l'histoire, et, une fois devenu adulte, il passe son temps à se demander la raison de cet isolement forcé, ce qui le rend quelque peu nerveux. A tel point que son gardien n'ose pas trop l'approcher, de peur que le prince déchu ne le « broie en le pressant contre sa poitrine ». Le seul moyen de le contrôler est de l'endormir avec un antidote.

Un beau jour, arrive Rosaura, tel un cheveu sur la soupe, déguisée en chevalier et décidée à se venger d'Astolphe, son amant qui l'a quittée par opportunisme, donc. Accompagnée du bouffon Clairon, qui va apporter une note de comique à la pièce, elle tombe involontairement dans l' « enclos » de Sigismond et se fait enguirlander par Clotalde (« propriété privée, mince alors! »), avant que ce dernier découvre la supercherie et reconnaisse en elle sa fille, qu'il avait perdu de vue depuis des années. Le monde est petit (surtout dans les pièces de théâtre)! Clotalde, qui en fait, l'a plus ou moins abandonnée, on le comprend au bout de quelques scènes, essaie de se racheter en lui promettant de la venger en plantant deux ou trois bons coups d'épée dans les tripes d'Astolphe.

Basilio a bien réfléchi et rassemble sa cour : il laissera sa chance à l'héritier direct, le solitaire Sigismond. On n'aura qu'à l'endormir pour l'amener sur le trône, et si son comportement est mal approprié ou laisse percevoir les signes d'un futur tyran, on aura qu'à le rendormir, le ramener dans sa grotte et lui faire croire qu'il a rêvé. De cette manière, pas de risque de rébellion de sa part. Astolphe et Estrella tirent un peu la tronche, forcément, mais ils font bonne figure.

Sigismond se réveille dans une chambre princière, et, habitué à moins de luxe et de liberté, il en profite un maximum sans se poser de questions. Elevé à l'écart de sa société, il se comporte en brute, jetant par la fenêtre du château un valet qui lui résiste, et s'apprête à sauter sur la première fille qu'il voit, à savoir sa cousine Estrella. Là, par contre, il nous rappelle un peu Perceval. Apercevant Clotalde, son geolier, il tente également de l'assassiner; c'est Astolphe qui s'interpose et lui sauve la vie : difficile maintenant de récupérer l'honneur de Rasaura en lui ôtant la sienne.

Basilio accourt afin de calmer ses débordements, mais ne fait qu'accentuer sa rage. Tout est clair pour nous : s'il est aussi agressif, c'est parce qu'il ne comprend pas pourquoi il a été rejeté aussi longtemps, et veut rattraper le temps perdu, se venger et faire payer à tous ses mauvaises conditions de vie. C'est en voulant éviter la prophétie des étoiles que Basilio a permis à Sigismond de se forger un caractère de despote, c'est à lui de voir s'il vaut mieux qu'elle se réalise complètement, ou qu'elle s'arrête, quitte à fausser la traditionnelle passation de pouvoir ...